Le député Jacquat au rapport sous la pression syndicale

Publié le 19/10/2010
Dialogue houleux, hier matin, entre une trentaine de syndicalistes et le rapporteur du projet sur la réforme des retraites, prié de rallier sa permanence parlementaire.
Le député Jacquat au rapport sous la pression syndicale
Le député Jacquat au rapport sous la pression syndicale
Dialogue houleux, hier matin, entre une trentaine de syndicalistes et le rapporteur du projet sur la réforme des retraites, prié de rallier sa permanence parlementaire.

Le Républicain Lorrain, Mardi le 19 Octobre 2010 / Région
 

 

Des syndicalistes ont occupé la permanence de Denis Jacquat, hier matin, rapporteur du projet concernant la réforme des retraites. Photo Pascal BROCARD

La réunion avec le maire de Lessy attendra. Un rapide coup de fil suffit à convaincre Denis Jacquat que l'urgence est ailleurs. En ligne, Alexandre Tott, secrétaire départemental de FO 57, qui a pris la communication à la demande pressante de l'une des secrétaires du député, l'informe de l'occupation en cours de sa permanence parlementaire, au 12e étage de la tour surplombant la place Coislin à Metz. Le syndicaliste a beau élever la voix, il ne parvient pas à couvrir les détonations des pétards lâchés par les manifestants. Inquiet par la perspective d'une mise à sac de ses locaux, son interlocuteur annonce son retour dans les plus brefs délais. Le temps, explique-t-il, de prévenir le maire de Lessy.
« Constat d'échec »

Lorsqu'il parvient sur place, vingt minutes plus tard, Denis Jacquat prend la mesure de la grogne. Entre-temps alertés, les policiers se pressent dans l'entrée devant des murs tapissés d'autocollants aux couleurs des organisations syndicales. Sans surprise, les occupants arborent des brassards de la CGT, CFDT, FO, CFTC. A l'Internationale succède le refrain de toutes les manifs du moment. Adapté aux circonstances, cela donne à peu près ça : « Jacquat si tu savais, la réforme, la réforme (bis)... où on s'la met. » « Je suis ORL de profession, je sais écouter », rétorque sans se démonter l'intéressé. « Peut-être, mais il faut aussi savoir entendre », insiste Dominique Marchal, secrétaire départementale de la CFDT.

« Vous êtes le rapporteur, on vous demande solennellement de retirer votre réforme, 71 % des Français n'en veulent pas. Or, vous êtes un élu du peuple et les gens n'en peuvent plus de votre politique », expédie un cégétiste. « On fait payer la réforme aux seuls salariés », embraie Denis Pesce, secrétaire mosellan de la CGT. « Il va bien falloir discuter de la répartition des richesses », renchérit Alexandre Tott pour FO. Denis Jacquat tente alors de gagner du temps. Pédagogue, il expose le calendrier parlementaire à venir expliquant qu'à l'issue du vote au Sénat, jeudi, le projet sera soumis à l'examen de la commission mixte paritaire. « Jeudi, ça n'est pas le vote du texte final et je suis, comme rapporteur du texte, bien placé pour faire passer des messages », temporise-t-il. Peine perdue : « Assez de blabla ! », tranche un syndicaliste excédé par la leçon du Dr Jacquat.

Le dialogue de sourds se prolonge de longues minutes, avant de se conclure sur un constat d'échec. « Cette réforme, il faut la retirer et renégocier », exhorte un manifestant avant de prévenir : « On ne lâchera pas. » Sur ce, les occupants lèvent le siège, tandis que l'un d'eux menace en tournant les talons : « La prochaine fois qu'on revient, on démonte tout. » La tornade essuyée, Denis Jacquat essaie de se changer les idées en décollant... un autocollant. En vain. Le concierge sera de bon conseil. Fin de la séquence.

Xavier BROUET.