Le mal-être des travailleurs sociaux

Publié le 23/02/2011
Après la grève des salariés du centre d'hébergement d'urgence de la rue du Pont-des-Grilles, il y a dix jours, à Metz, les travailleurs sociaux de l'AIEM ont manifesté, hier, pour dénoncer leurs mauvaises conditions de travail.
Le mal-être des travailleurs sociaux
Le mal-être des travailleurs sociaux
Après la grève des salariés du centre d'hébergement d'urgence de la rue du Pont-des-Grilles, il y a dix jours, à Metz, les travailleurs sociaux de l'AIEM ont manifesté, hier, pour dénoncer leurs mauvaises conditions de travail.

Le Républicain Lorrain, Mercredi le 23 Février 2011 / MTZ
 

 

Les salariés de l'Association d'information et d'entraide mosellane (AIEM) ont manifesté, hier matin, devant leur siège social. Ils ont été reçus par Isabelle Kaucic, la directrice générale. Photo Maury GOLINI.

Ils sont une petite cinquantaine à battre le pavé dans le quartier Outre-Seille, à Metz.

La camionnette orange de la CFDT est garée devant le siège social de l'AIEM (Association d'information et d'entraide mosellane), au n°10 de la rue Mazelle. La sono est en marche, l'auvent est ouvert et les cafés ont du succès, car il fait particulièrement froid.

« C'est la première fois que les personnels de l'AIEM débrayent ! », explique la déléguée syndicale, Anne-Marie Bourelle.

« Enfin, la dernière fois, c'était en 1994. A l'époque, on avait déjà des problèmes financiers. Mais on soutenait la direction qui devait rencontrer Simone Veil ». Aujourd'hui, « On manifeste pour dénoncer la détérioration de nos conditions de travail et le manque de dialogue social », appuie la déléguée syndicale.

63 % de salariés vont mal

Sur les 170 personnes qui travaillent à l'AIEM, « l'Arat [Agence régionale pour l'amélioration des conditions de travail] compte 63 % de salariés qui vont mal ! C'est un taux alarmant. Selon une enquête nationale, la moyenne en France se situe à 22 % », reprend Anne-Marie Bourelle.

L'association est chargée de l'accueil, de l'hébergement d'urgence ou encore de l'insertion de personnes en situation d'exclusion. « On nous demande, à nous, travailleurs sociaux, de les accueillir, de les accompagner. Mais on est obligés de leur dire qu'on ne peut pas respecter le contrat de non-abandon, pourtant cher à nos politiques. On est obligés de remettre des gens à la rue parce qu'il n'y a pas assez de places », témoigne Sylvain Decamps, délégué syndical Sud santé sociale. « On n'est pas bons dans notre métier. Ça va à l'encontre de nos valeurs fondamentales », regrette Laura Nespoloah-Yu, déléguée du personnel. Et le moral des troupes est en berne.

Plus de pauvreté mais moins de moyens

Ce qui manque, c'est l'argent. La situation financière de l'association, soutenue par l'Etat et les collectivités locales, n'est pas bonne. « En outre, la Région a annoncé une baisse de 14 % du budget dans les dix ans » alors même que « la précarité de la population augmente en Moselle. Il y a une personne sur sept qui vit sous le seuil de pauvreté », souligne Sylvain Decamps.

« On est conscients des difficultés économiques. Mais ça ne peut pas être un prétexte pour nous empêcher d'assu rer notre mission de service public ». Ainsi, les salariés dénoncent les départs à la retraite non renouvelés, les congés maladie non remplacés, la surcharge administrative ou encore le déplacement des personnels d'un site à l'autre. Comme leurs confrères du centre d'hébergement de la rue du Pont-des-Grilles, qui étaient en grève il y a deux semaines, ils veulent « continuer à agir de manière professionnelle ».

Toutes ces revendications, ils les ont exposées à la directrice générale, Isabelle Kaucic, qui les a reçus, hier matin. « On n'a pas l'habitude des conflits sociaux. On espère avant tout renouer le dialogue avec notre direction », ont assuré les manifestants.

Hier, la directrice n'a pas répondu à nos appels.

C. K.