Le regard des adultes

Publié le 15/10/2010
La gauche encourage les manifestations lycéennes. La droite les dénonce. Au-delà du débat politique, quel regard portent les adultes sur ces adolescents qui descendent dans la rue ?
Le regard des adultes
Le regard des adultes
La gauche encourage les manifestations lycéennes. La droite les dénonce. Au-delà du débat politique, quel regard portent les adultes sur ces adolescents qui descendent dans la rue ?

Le Républicain Lorrain, Vendredi le 15 Octobre 2010 / Région /

 

Mon fils me demande de lui faire un mot d'excuse, il a fait grève ». Vincent, le père, n'hésite pas une seconde. Il le fera d'autant plus facilement qu'il redoute une éventuelle mesure d'exclusion. Hier, à l'instar de ce qui s'est produit ces derniers jours, les adultes ont vu gonfler le mouvement de protestation d'une population adolescente qui s'élève contre la réforme des retraites. « Ils ont réfléchi à la question, ils sont responsables et manifestent. C'est leur droit », estime Denis Pesce, secrétaire général de la CGT Moselle.

D'autres adultes ont un avis radicalement différent. « Cela me laisse pantois de penser que des lycéens défilent pour leur retraite », avoue François Grosdidier, maire UMP de Woippy. « A leur âge, poursuit-il, on manifestait pour la chute du mur de Berlin ou le grand soir. Il y a, à l'évidence, une chute du niveau de préoccupation ». Alain Gatti, secrétaire général de la CFDT, trouve pour sa part « injuste » le procès en irresponsabilité fait aux lycéens : « Les jeunes ont la trouille, ils vivent dans un monde incertain, qui n'est plus sécurisé, ni balisé par un travail et, plus tard, une retraite ». « La peur et l'indignation face aux injustices » seraient, selon lui, le moteur de ces rassemblements.

« Pas le background politique »

Nathalie Colin-Oesterlé, conseillère municipale de Metz et secrétaire nationale à l'Education du Nouveau Centre, par ailleurs mère d'un élève de seconde, considère que « les lycéens ne sont pas en capacité de juger de la pertinence d'une réforme sur les retraites ». Au nom de « la vulnérabilité et la fragilité » de cette population, l'élue pourfend « les tentatives de manipulation ».

Richard Lioger, premier adjoint socialiste au maire de Metz et ancien président d'université, se dit partagé entre « la satisfaction de voir une jeunesse engagée » et une réserve face « à une jeunesse qui n'a pas forcément le background politique pour appréhender une telle situation ». Il assure qu'au final, il se sent « du côté de cette jeunesse qui bouge et qui, manifestement, a peur ».

La FCPE a lancé, hier, solennellement, un « appel aux parents à encadrer les manifestations lycéennes ». « Des jeunes sont assez mûrs pour prendre part aux manifestations organisées, car ils sont concernés », estime Jean-Louis Ardner, ancien président de la FCPE de Moselle. Il se dit, par contre, opposé aux manifestations sauvages, comme celles qui se sont déroulées un peu partout en France. « Il ne faut pas les laisser faire, cela peut être dangereux pour eux », estime-t-il. La FCPE demande, par ailleurs, aux établissements de « faire respecter les droits d'expression et de réunion des lycéens ».