Le travail, c'est pas toujours la santé

Publié le 28/04/2010
Prévenir les accidents, améliorer les conditions de travail pour diminuer les maladies professionnelles, c'est le rôle de la journée de ce mercredi. Les syndicats, eux, oeuvrent à l'indemnisation des victimes.

Le Républicain Lorrain, Mercredi le 28 Avril 2010 / FOR

L'exposition à des produits toxiques ou dangereux peut provoquer de graves maladies, qui se révèlent parfois des années après les faits. Photo RL.

Quand on commence à pisser du sang, c'est trop tard. » Derrière la brutalité de l'expression se cache une réalité encore plus crue. Le travail tue ou rend malade. « Mais bien souvent, les employés, quand ils apprennent leur maladie, n'imaginent pas que cela vient de leur métier. D'ailleurs, les médecins généralistes n'ont pas non plus ce réflexe. Nous sommes dans une logique curative, pas préventive », analyse Frédéric Hergott, de la CFDT. Alors même que, selon l'Agence française de sécurité sanitaire, de l'environnement et du travail, une partie des cancers est causée directement par les conditions de travail.

Une situation qui ne préoccupe pas que les syndicats, puisqu'aujourd'hui, à l'initiative du Bureau international du travail, a lieu la journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail. Avec des chiffres alarmants : les maladies professionnelles tueraient deux millions de personnes par an dans le monde et on recenserait 268 millions d'accidents du travail. La part des indemnités et absences dues aux accidents du travail et aux maladies professionnelles serait de 4 % dans le PIB mondial.

Pour sensibiliser, jour après jour, les travailleurs, mais aussi faire reconnaître leurs droits, la CFDT a mis en place une cellule 'Accidents du travail, maladies professionnelles'. Les syndicalistes ont bénéficié de deux formations animées par le docteur Lucien Privet. pour se familiariser avec les cancers professionnels.

De nombreux freins

« Nous avons trois équipes : une concernant uniquement l'amiante, une deuxième pour toutes les autres maladies et une troisième permanence 'Santé sociaux' . L'objectif est de faire reconnaître que la maladie est d'origine professionnelle. »

Car outre les réticences des employés à attaquer leur patron, la procédure pour faire reconnaître la maladie ou pour obtenir des améliorations de leurs conditions de travail rencontre de nombreux freins. « Pour cela, nous menons une véritable enquête pour connaître l'origine de la maladie, à savoir sur les conditions de travail, sur le matériel et les produits utilisés, sur les temps d'exposition à des substances dangereuses, etc. Nous complétons ces recherches par le recueil de témoignages de camarades ou de chefs d'équipes », indique Patrice Charmeux. « Nous pouvons également nous appuyer sur un réseau de spécialistes. Car une fois qu'on cerne la cause de la maladie, il faut prouver qu'elle a un rapport direct avec l'activité professionnelle. »

« J'ai pris une gifle »

Dans le Bassin houiller, la silicose, la surdité et aujourd'hui l'amiante représentent, du fait de l'exploitation minière, une grande partie des maladies professionnelles. Mais d'autres pathologies, tout aussi mortelles ou handicapantes, sont mises à jour.

C'est le cas du mari d'Evelyne (*). En 2008, une leucémie se déclare chez cet ancien mécanicien des HBL, spécialisé dans la révision des machines. Une maladie déclenchée notamment par une exposition au benzène, de 1984 à 2003. « Quand on a appris la nouvelle, tout s'est effondré. On ne vit alors plus que dans l'espoir de la guérison, on n'a pas le temps de se consacrer à la procédure. Surtout qu'on n'imagine pas à la base que cela peut venir du travail. Et on ne sait pas vers qui se tourner », témoigne la veuve. Un an après le décès de son époux, la maladie professionnelle a été reconnue. « Etant répertorié dans le tableau, la procédure a été assez rapide, car nous avons pu faire reconnaître le lien direct entre le métier et la maladie », assure Patrice Charmeux.

Bertrand Baud (*) Les prénoms des personnes interviewées ont été modifiés.