Les civils, victimes collatérales

Publié le 17/11/2010
Ce sont « les oubliés des restructurations » : les employés civils du ministère de la Défense s'inquiètent de leur avenir, sur un marché de la fonction publique en forte tension.
Les civils, victimes collatérales
Les civils, victimes collatérales
Ce sont « les oubliés des restructurations » : les employés civils du ministère de la Défense s'inquiètent de leur avenir, sur un marché de la fonction publique en forte tension.

© Le Républicain Lorrain, Mercredi le 17 Novembre 2010 / Région /

 

« En 2011, on arrivera à un blocage du reclassement des personnels civils », prédit Joël Wagler. Photo Pascal BROCARD

Un climat anxiogène » : le terme revient fréquemment dans les propos de Didier Junker et Joël Wagler, secrétaires généraux du syndicat CFDT Défense de Lorraine. Ils portent la parole des « oubliés des restructurations militaires », c'est-à-dire les personnels civils des différentes unités touchées par la réorganisation lancée en 2008. Dans la région, sur 3 500 ouvriers de l'Etat, fonctionnaires du ministère ou contractuels, un bon millier de personnes est concerné.

En 2009 et en 2010, les reclassements se sont déroulés « sans trop de douleur », reconnaît la CFDT ; mais les années à venir s'annoncent sous des couleurs plus sombres. A titre d'exemples, le syndicat estime que 200 agents risquent de se retrouver sur le carreau en 2001 dans le seul basin de Metz.

Il évoque aussi la situation paradoxale des personnels du 8e RA de Commercy, garanti d'être maintenu... tant qu'une implantation industrielle équivalente ne sera pas décidée. « Du coup, les personnels vivent dans l'angoisse d'une fermeture qui peut être annoncée du jour au lendemain, et ne peuvent engager aucun acte pour l'avenir proche. » Et encore « la création du groupement de soutien de la base de défense (GSBD) de Phalsbourg, pour lequel les déclarations alarmantes et rassurantes sur l'avenir des personnels civils se succèdent au gré des autorités de passage »...

Livre blanc bafoué

En théorie, les civils de la Défense devraient être « recasés » dans d'autres administrations nationales ou locales. Mais la Révision générale des politiques publiques, la RGPP, touche l'ensemble des fonctionnaires et chacun tente de recaser ses propres agents. En théorie également, le Livre blanc sur la Défense prévoit une proportion de 60 % de civils dans les postes de soutien, les militaires étant prioritairement affectés aux postes opérationnels. Utopie... Dans les futurs GSBD de Metz, Phalsbourg et Verdun, « le taux de personnel civil est respectivement de 46 %, 33 % et 31 % » selon la CFDT, qui ajoute : « Pour Metz, un respect de ce Livre blanc permettait de reclasser 50 personnels de plus ».

Du coup, la CFDT Défense de Lorraine, qui a lancé une campagne de sensibilisation des parlementaires avant le vote du budget national, milite pour la mise en place d'un moratoire. « Nous ne sommes pas opposés à une réforme, dont nous comprenons l'utilité, précise Joël Wagler. Mais pas de cette façon ! La restructuration à marche forcée nécessite de toute façon la présence de suffisamment d'agents pour la mettre en oeuvre, le temps de jouer sur les départs naturels. »

En outre, les personnels civils s'inquiètent d'une seconde menace : l'externalisation de certaines tâches, notamment en restauration et hôtellerie. Un projet en ce sens semble s'amorcer à l'hôpital des Armées Legouest, à Metz. De quoi compliquer encore le reclassement des personnels de la Défense...

Bernard MAILLARD.