Les employés vident leur sac

Publié le 14/06/2011
Actions coup-de-poing et débrayages ponctuels pour dénoncer des conditions de travail de plus en plus précaires se multiplient au sein des enseignes Carrefour. Hier, la grogne s'est invitée au Carrefour Market de Yutz.
Les employés vident leur sac
Les employés vident leur sac
Actions coup-de-poing et débrayages ponctuels pour dénoncer des conditions de travail de plus en plus précaires se multiplient au sein des enseignes Carrefour. Hier, la grogne s'est invitée au Carrefour Market de Yutz.

Le Républicain Lorrain, Dimanche le 12 Juin 2011 / THI
 

 

L'ensemble du personnel du Carrefour Market a observé une heure et demie de grève. Exceptionnel mais justement, la coupe est pleine. Photo RL

On en a ras-le-bol, ça oui, vous pouvez l'écrire ! On doit être partout à la fois, on vient travailler avec la boule au ventre ; ça devient infernal avec des cadences qu'on n'arrive plus à tenir. Le personnel qui quitte n'est plus remplacé, les arrêts maladie ne sont plus remplacés et quand on fait des heures sup, elles tardent à nous être payées. J'ai un collègue à qui on a proposé de régler en deux fois les sept heures supplémentaires qu'il a faites depuis le début de l'année. Non mais : ces gens-là gagnent des millions et ils veulent nous couper sept heures sup sur deux fiches de salaire. Franchement, c'est la honte ! Et nous, on a l'impression d'être des clochards, voilà tout ! ».

Le propos est sévère, le ton employé tout autant. Hier, sur le parking du Carrefour Market de Yutz, trente et un salariés de l'enseigne ont observé une heure et demie de grève pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail. Où l'on retrouve invariablement les mêmes méthodes censées améliorer la rentabilité « sur le dos des salariés ». Personnel non, remplacé, mise en place d'une polyvalence accrue - la même que dans le hard discount - et rémunération dérisoire au regard des efforts consentis.

Rien de neuf sous le soleil ? Justement si. Longtemps, le personnel de la grande distribution est resté discret sur les méthodes de management observées en interne mais cette fois, beaucoup s'accordent pour déballer le linge sale sur la place publique. « Ce débrayage, ce matin, c'est une grande première ici », confirme Monique Hemmer, déléguée du personnel chez Carrefour Market. À ses côtés, sa collègue du collège CGT, Aline Drouard, hoche la tête. « Nous sommes en plein dans les négociations annuelles des salaires et les propositions qui nous sont faites sont ridicules face à la réalité de nos jobs ». À titre indicatif, un employé sans grade gagne 1 060 euros net par mois. Un adjoint au chef de rayon encaisse à peine 50 euros de plus. À ce tarif-là, rien d'étonnant à ce que la profession soit au bord de l'explosion. Surtout, il y a un phénomène qui semble porter les revendications du personnel des Carrefour Market. « Les employés ont vu le mouvement national initié par les hypers aboutir favorablement. À leur tour, ils portent beaucoup d'espoirs », relève Jean-Michel Savignard, permanent de la CFDT commerce. « Et comment, renchérit une gréviste. Carrefour Market va bien ! Il a réalisé 7 millions de chiffre d'affaires en 2010, soit 4 % de plus qu'en 2009 », là où les hypers sont en chute d'au moins 3 %. « Si le groupe ne fait pas un geste, ce genre de conflit risque de se répéter puisque l'on sait que la grande distribution est en train de se repositionner sur les magasins de plus petite taille », explique encore Jean-Michel Savignard.

« Le pire est devant nous, estime Aline Drouard. En 2012, notre groupe veut appliquer la politique du 'tous commerçants' et créer de nouveaux postes et encore plus de polyvalence ». Tout ceci à personnel constant, « voire avec moins de gens ». Pour un salaire à peine plus haut que 1 000 EUR, faut-il le rappeler.

C. FOLNY.