Les Mittal face à face

Publié le 04/10/2012
Troisième jour portes fermées pour tout le site sidérurgique de Florange. Hier matin, les militants ont fait face aux cadres venus prendre leur poste. Ambiance lourde avant la venue de Bernard Thibault et Philippe Poutou
Les Mittal face à face
Les Mittal face à face
Troisième jour portes fermées pour tout le site sidérurgique de Florange. Hier matin, les militants ont fait face aux cadres venus prendre leur poste. Ambiance lourde avant la venue de Bernard Thibault et Philippe Poutou

© L'Est Républicain, Jeudi le 04 Octobre 2012 / Région Lorraine / Portes + Républicain Lorrain

 

Total blocage des entrées de l'usine d'Arcelormittal à Florange par les syndicalistes. Photo RL

Florange. La direction appelle à forcer le portier, demain... Ca va chauffer. » Les Mittal (CGT-CFDT-FO) se préparent à une nouvelle nuit dehors quand, mardi soir, la rumeur d'une contre-manifestation se répand sur les téléphones portables.

Hier, au petit matin, les personnels d'encadrement (administratifs, chefs de postes...) sont effectivement nombreux mais bien silencieux face aux syndicalistes.

Devant les portes de l'usine bloquée depuis lundi, deux mondes se font face. Chacun sur son bout de trottoir. L'image se répète depuis les premiers blocages, en février dernier, aux pieds des grands bureaux. Mais, hier, devant chaque portier, l'ambiance est encore plus lourde, malsaine. D'un côté comme de l'autre, les nerfs sont à vif. L'annonce tant ressassée est tombée depuis. « Les hauts-fourneaux vont fermer ! », se révoltent les militants. Les cadres veulent « juste aller travailler ».

« On est tous sur le même bateau », s'égosille encore Walter Broccoli (FO), mais la harangue syndicale ne passe pas. « On est là pour prendre notre poste, c'est tout ! ». Ces salariés réfutent toute manipulation de la direction. « C'est notre sentiment personnel », répètent-ils à l'envie. Mais aucun ne voudra s'exprimer en son nom propre. Et le discours, résigné, reprend souvent les arguments de l'industriel. « Bloquer les outils, c'est du suicide. On savait déjà avant que Mittal ne s'approprie le site que les hauts fourneaux fermeraient. C'est ça ou toute l'usine crève. » Tous s'avouent inquiets mais veulent croire mordicus que le reste du site a un avenir. « Il faut préserver les clients. Ça ne veut pas dire qu'on ne compatit pas... »

Malgré deux ou trois provocations ciblées, l'esquisse de contre-manifestation n'ira pas plus loin même si certains tenteront de rejoindre leurs bureaux par tous les trous de clôture. Les militants feront encore le pas pour engager le dialogue, sans forcément convaincre. « On en revient toujours au même, certains croient encore qu'ils passeront au travers », souffle Jean Mangin (CGT). « À défaut d'être avec nous, on aimerait qu'il ne soit pas contre nous ». Les Mittal ne se découragent pas. Le mot d'ordre reste : « appel à la mobilisation générale des salariés et de la population. » Et après une matinée de discussions, ils veulent voir un frémissement des consciences.

Florange enjeu national

« On n'allait quand même pas retourner à Metz, après une nuit sous la tente », sourit Lionel Burriello (collectif jeune CGT). C'est finalement Bernard Thibault, en visite à Metz, qui fera le détour jusqu'au portier des usines à chaud pour soutenir ses troupes. « Ce qui se passe à Florange, est un enjeu national », insiste le secrétaire général de la CGT. Convaincu que la mobilisation des militants « a, au moins permis la mesure des atouts du site », il propose « pour une filière aussi stratégique la production d'acier, une maîtrise publique. On peut parler de réappropriation si le terme de nationalisation fait peur. »

Pas loin finalement, de l'analyse de Philippe Poutou, livrée aux Mittal quelques minutes plus tard. L'ex-candidat du NPA à l'élection présidentielle, ne voit pas trente-six solutions pour Florange, « Comme pour PSA, Fralib, Doux... Il faut affronter le capital. Ce qui peut passer par l'expropriation et la mise sous contrôle par les salariés. »

Toujours ouvrier chez Ford, Philippe Poutou est aussi revenu à Florange « apporter de la solidarité aux copains qui se battent ». Et entre un café et un sandwich vite avalé, engager la réflexion sur la nécessaire coordination des luttes.

« S'il n'y a pas le « tous ensemble », on n'y arrivera pas ! »

Lucie BOUVAREL