Les syndicats inquiets

Publié le 15/05/2012
L'annonce de la vente possible de l'activité polyéthylène de l'usine Ineos de Sarralbe suscite de fortes inquiétudes pour le bassin d'emplois. La CGT et la CFDT tirent la sonnette d'alarme.
Les syndicats inquiets
Les syndicats inquiets
L'annonce de la vente possible de l'activité polyéthylène de l'usine Ineos de Sarralbe suscite de fortes inquiétudes pour le bassin d'emplois. La CGT et la CFDT tirent la sonnette d'alarme.

© Le Républicain Lorrain, Mardi le 15 Mai 2012 / FOR /

 

La CGT de Total Petrochemicals France, Ineos et Arkema estime « logique de demander que Sarralble soit repris par Total, ce qui conforterait aussi le site de Carling ». Photo RL

Samedi matin, huit responsables CGT de Total Petrochemicals France, Ineos Sarralbe et Arkema se sont retrouvés à Saint-Avold pour évoquer les conséquences de la possible vente de l'activité polyéthylène haute densité de l'usine Ineos de Sarralbe. « Total produit 200 000 tonnes par an d'éthylène pour Inéos et la même quantité de propylène pour Arkema. On s'inquiète car les activités d'Ineos sont directement liées au vapocraqueur de Carling. Si Ineos venait à s'arrêter, le site de Carling pourrait être tué. Si Ineos disparaît, c'est un désastre économique pour la région. Un emploi dans la pétrochimie engendre cinq emplois indirects » souligne avec gravité Aldo Scalzo.

La CGT analyse : « Inéos est comme tous les grands groupes. Il préfère concentrer ses investissements sur quelques plates-formes intégrées stratégiques, comme Total préfère concentrer les siens à Anvers ou Gonfreville, plutôt qu'à Carling. L'annonce d'Ineos donne à Total l'occasion de régler par le haut, s'il le souhaite, la question de Carling/Sarralbe. C'est le principal intérêt de cette mise en vente ».

Pour la CGT, trois scénarios sont possibles. Primo, Total est intéressé et trouve un terrain d'entente avec Ineos pour reprendre Sarralbe. « C'est a priori la meilleure solution. Se poserait tout de même la question de la concurrence éventuelle entre Sarralbe et les sites belges de polyéthylène haute densité hérités de Fina » explique M. Scalzo.

Secundo, Total et Ineos ne parviennent pas à s'entendre sur le prix de cession et l'opération tombe à l'eau. « Ce serait la suite du feuilleton sur le prix de l'éthylène, chacun rejetant la faute sur l'autre » poursuit M. Scalzo.

Tertio, Total n'est pas intéressé. « C'est envisageable parce que Total veut concentrer ses investissements à Anvers ou en Normandie. Cela signifirait que Total n'est pas prêt à réaliser une opération qui conforterait le vapo de Carling. Ineos affirme que s'il n'y a pas d'acheteur, il garderait le site, ce qui n'aurait pas d'impact sur le vapo. Mais accepterait-il d'augmenter la capacité de production sur un site non stratégique ? » se demande M. Scalzo.

La CGT estime logique de demander que Sarralbe soit repris par Total, ce qui conforterait du même coup Carling.

Vendredi soir, la CGT de TPF a rencontré à Paris M. Pouyanné, directeur général du département raffinage pétrochimie de Total pour lui faire part de ses inquiétudes.

La région paie un lourd tribut

De son côté, le syndicat CFDT Chimie Energie Lorraine et ses sections syndicales de Total et Inéos « mettent en garde les industriels Total et Ineos ainsi que les politiques sur les dangers d'un déséquilibre qu'engendrerait un arrêt d'activité d'une des deux parties ».

L'anticipation et des investissements à long terme dans des activités industrielles pétrochimiques d'avenir « seraient un signe fort qui permettrait de sortir de cette sinistrose régionale » estime Geoffroy Caillon, délégué CFDT à l'usine Total à Carling.

Lors du rapport du Conseil régional en 2007, la CFDT avait déjà sollicité les acteurs de la filière à se mettre autour de la table pour préparer l'avenir compte tenu du constat réalisé sur l'outil industriel et de l'évolution du marché mondial. « Depuis, la CFDT n'a eu de cesse auprès des décideurs et acteurs de la région lorraine, pour les rencontrer et envisager ensemble des pistes de ré-industrialisation » dit Armand Birringer, délégué CFDT chez Inéos Sarralbe.

L'expertise récente faite par la fédération Chimie Energie CFDT montre que « tous les établissements producteurs d'éthylène sur l'axe Est sont dépendants les uns des autres et que si un élément disparaît, il risque d'entraîner toute la chaîne dans sa chute » analyse Nicole Goeller, secrétaire générale CFDT.

Pour le syndicat CFDT, il est capital de maintenir une activité et des emplois dans une région « dont l'histoire industrielle n'arrête pas de lui faire payer un lourd tribut faute d'avoir utilisé à temps, de l'anticipation, de la recherche et une volonté politique avérée ».

Cette semaine, la CGT devrait avoir une entrevue avec Jean-Pierre Masseret, président du conseil régional.

M.-C. F.