Martin se fait un non

Publié le 21/02/2012
Il y a ceux qui se barricadent derrière les nuances subtiles, et les formules elliptiques.
Martin se fait un non
Martin se fait un non
Il y a ceux qui se barricadent derrière les nuances subtiles, et les formules elliptiques.

© Vosges Matin, Mardi le 21 Février 2012 / Région Vosges 

 Et il y a les syndicalistes à l'ancienne, poing levé à la hussarde. À Florange, au coeur de l'ouvrière « Fensch vallée » chantée par Bernard Lavilliers, la quête des métaphores édulcorées ne se fond pas vraiment dans l'urgence du moment. Avec la crainte de voir toute cette région industrieuse au nord de la Lorraine, ébranlée par les desseins de retrait de Mittal, le n°1 mondial de l'acier, Edouard Martin n'y va pas avec le dos de la cuillère.

Aux 500 salariés regroupés dans le chaudron d'une assemblée générale, mercredi dernier, le leader syndical local de la CFDT a éructé sa « rage », quitte même à s'entendre dire, un peu plus tard, être « allé un peu trop loin » en promettant que les salariés « chient sur la tête » de tous ceux que l'intersyndicale désigne comme les responsables de cette situation. Ou encore : « S'il y en a qui ont la nostalgie de Longwy et de la sidérurgie des années 80, ils vont vivre une deuxième jeunesse » promet-il. Edouard Martin assume, comme le reste. L'homme avait déjà fait connaître son caractère frontal à l'occasion des grèves autour de la fermeture de Gandrange. Aux sidérurgistes rassemblés sous le grand hall le chef de l'État avait promis que l'usine ne fermerait pas... Aujourd'hui, elle est à l'abandon. « Alors franchement, qu'est-ce qui est le plus violent ? » interroge le représentant CFDT au comité d'entreprise européen. « Nos propos ou la situation qu'on nous impose ? Mittal fait énormément de profits à Florange. Mais pas assez à son goût, alors il ferme car il veut maintenir, malgré la crise, un haut niveau de rendement à ses actions. Vous pensez que c'est normal et qu'on doit l'accepter ? Mittal pense qu'il n'a qu'à appuyer sur un bouton pour gagner davantage, en nous giclant. Et l'État, autrement dit vous et moi, se montre d'accord en promettant de payer le chômage partiel... Encore une fois, c'est normal ? » Pas question, « l'usine, l'outil de travail, c'est à nous », a-t-il scandé, gestes virils à l'appui, appelant les « couillus » dans la salle à défendre la cause en bloc.

« Personne n'ose dire non à Mittal, sauf nous ! »

Comme un vent de révolution et de jusqu'au-boutisme, qui tranche avec le sens de la nuance et de la négociation, dont l'homme sait se montrer capable. À la CFDT, voilà une vingtaine d'années, il s'est engagé, séduit par cette « façon de faire du syndicalisme » même s'il déplore que le terme « progressisme » ne reçoive pas toujours l'écho qu'il mérite. « J'ai, avec les autres, signé des accords car la grève n'est pas une fin en soi » dit-il, mais « aujourd'hui personne au gouvernement ni ailleurs n'ose dire non à Mittal. Nous, à Florange, on lui dit non. Il veut partir ? Ok, qu'il dégage, mais qu'il nous laisse trouver un partenaire concurrent pour la reprise du site. Mais ça, il ne veut pas car cela créerait de la concurrence et lui prendrait des parts de marché. Alors, il préfère que Florange ferme ». Bonjour la mondialisation.

Aujourd'hui, ce fils d'immigré espagnol de Gandrange, arrivé en Lorraine à l'âge de 7 ans, déplore « ne plus avoir de décideur en face », surtout pas une direction en Lorraine « qui ne choisit même pas la couleur du papier peint ». Cet ancien footballeur, ailier gauche au sein des équipes du secteur, a promis de « prendre des couvertures » pour occuper les voitures et camper devant les portes de la direction de l'usine de Moselle, avant l'occupation hier matin des locaux de la direction. « On était 11 000 dans les années 80, on est moins de 3 000 CDI aujourd'hui, et 2 000 intérimaires, avec tous les sous-traitants derrière... Autrefois, quand une usine fermait, on allait frapper ailleurs. Sauf que derrière nous aujourd'hui il n'y a plus rien ».

Antoine PETRY