Mauvaise histoire belge

Publié le 14/10/2011
À Florange, les anciens sidérurgistes comme les salariés ne se font pas d'illusions.
Mauvaise histoire belge
Mauvaise histoire belge
À Florange, les anciens sidérurgistes comme les salariés ne se font pas d'illusions.

© L'Est Républicain, Vendredi le 14 Octobre 2011 / Ouverture Région Lorraine

 

Roger Masson : « Des crises, on a toujours connu. Mais cette fois... » Photo ER

Un brin philosophe, sourire dépité au coin des lèvres, Roland Muller ne se fait pas d'illusion. Les dernières nouvelles en provenance de Liège ont des airs de déjà entendu dans ce secteur qui fait de la crise économique dans la sidérurgie son pain quotidien. « Ils peuvent raconter ce qu'ils veulent. Tous ces mots, je les ai déjà entendus. Et ici, ce sera comme partout ailleurs à Hayange, Gandrange, Joeuf... On peut bien nous rassurer. Quand leur décision est prise, ils vont jusqu'au bout ». Un silence, et le retraité de 63 ans, reprend. « Oui, Florange va fermer, ce n'est pas la peine de nourrir d'illusion ».

L'ancien sidérurgiste a choisi d'orienter son existence d'une retraite active avec la reprise du « Café du centre », dans la rue principale de cette commune de 12.000 habitants. Son associé, Luis Rios, traduit la réaction de la population. Une colère contenue, un mélange de résignation et de fatalisme, et une grosse envie, malgré tout, de ne pas se laisser abattre, car « les gens auront toujours besoin de s'amuser dans les cafés ». Le « Celtic » qui prendra le relais de cet ancien estaminet décati vise ainsi la « clientèle des 50 ans car les jeunes n'ont plus trop d'argent ici » poursuit Roland Muller.

Le site lorain d'ArcelorMittal emploie 3.000 salariés. Jusqu'alors, le marasme des perspectives ne s'est pas traduit par une fuite de la population ou une chute de la valeur foncière. L'annonce de la fermeture du haut-fourneau était, il est vrai, antérieure à la signature des derniers compromis de vente... « On fera le bilan un peu plus tard. Il y a malgré tout peu de biens à vendre » observe Elisabeth Trap, de Florange Immobilier. « Des crises, il y en a eu beaucoup déjà, et l'économie s'est réadaptée. Ici les gens ne se plaignent pas ».

« On ne peut pas faire confiance à cette direction »

Dans les locaux de la mairie, où un panneau rappelle la solidarité à la population, les négociations se suivent heure par heure, et les rendez-vous se multiplient. Les salariés viennent s'informer sur les mesures en cas de licenciement économique... Les dernières nouvelles en provenance de Liège font froid dans le dos. Edouard Martin (CFDT), spécialiste du dossier, ne masque pas son écoeurement. « Je n'ai même plus de mots à l'encontre de cette direction d'ArcelorMittal. Le lundi elle signe un protocole d'accord avec les syndicats pour annoncer sa volonté d'embaucher... et le lendemain elle annonce la fermeture. Il n'y a aucune confiance à lui accorder ». Florange l'ouvrière s'engage dans un tunnel d'incertitudes de plus. Mais avec, cette fois, le sourd pressentiment d'un combat perdu d'avance. Président du club de boxe et ancien ouvrier au train à froid, Roger Masson fait grise mine. Ses collègues, toujours en poste, refusent de parler autrement qu'avec un anonymat garanti. « Il faut les comprendre. Des crises, on a toujours connu. Mais le chômage technique correspondait alors à une baisse de la demande. Cette fois, ce n'est pas le cas. On sent bien, de toute façon qu'ArcelorMittal a pris sa décision de fermer et que rien ne les fera changer d'avis ».

Antoine PETRY