Nicolas Schiffler, bien avant Edouard Martin

Publié le 27/03/2014

Ancien député ouvrier de Moselle, comme Paul Bladt ou Jean-Marie Aubron, le Rombasien Nicolas Schiffler nous parle d'Edouard Martin, comme lui militant syndical au parcours étonnant.

© Le Républicain Lorrain, Jeudi le 27 Mars 2014 / MTZ /

Ancien maire de Talange, ancien syndicaliste CFDT, Nicolas Schiffler, suppléant de Jean Laurain, avait battu le Dr Kiffer aux législatives en 1978. Photo Maury GOLINI

En 2013, Édouard Martin, icône de la lutte des sidérurgistes de Florange, annonce qu'il est tête de liste PS aux Européennes. Les médias le décrivent comme un pionnier. C'est oublier les députés ouvriers de Moselle qu'ont été Paul Bladt, Jean-Marie Aubron et Nicolas Schiffler.

Ancien maire de Talange, M. Schiffler est domicilié à Rombas. Dans une maison qu'il a presque entièrement construite de ses mains, il nous parle de ces combats et de sa fierté de voir Édouard Martin porter ce flambeau.

« L'engagement dans la députation est la suite logique de l'engagement de militant syndical. Si je suis allé vers la politique c'est parce que je trouvais que mon travail de syndicaliste devait aboutir à des lois. Je l'ai fait sous cette forme-là », poursuit le septuagénaire qui rappelle que le quota ouvrier dans le monde politique est « dix fois moins important que celui des femmes.»

« FO et la CGT et même une partie du PS ont désavoué Édouard en parlant d'une trahison. Moi, je dis qu'il en faudrait au contraire plus, des gars comme lui! Je refuse qu'on dégueule sur lui, comme sur n'importe quel élu, de droite ou de gauche. Il y a des moutons noirs partout mais la plupart font leur boulot », s'écrie-t-il, avec conviction. Car c'est avant tout un homme de conviction. Son parcours est incroyable et éloquent.

Né en 1936 dans une famille communiste, Nicolas est le huitième d'une fratrie de seize. À 14 ans, il entre comme tous les gosses d'ouvriers sans fortune, au centre d'apprentissage de De-Wendel et apprend le métier d'ajusteur. Ses mains puissantes et larges et son corps fort et trapu racontent le labeur dans les usines d'autrefois et l'âpreté des luttes sociales.

Ouvrier à la cimenterie de Hagondange, appelé et blessé en Algérie, technicien au Sénégal, il revient travailler à la SAFE et entre à la CFDT.

Militant de l'action catholique ouvrière, conseiller prud'homal il devient en 1978 délégué suppléant de Jean Laurain, et gagne la députation contre Jean Kiffer, maire d'Amnéville. En 1981, il devient député de Metz 1 comme par exemple Jean-Paul Bladt, député de Forbach et maire de Cocheren.

Chevalier de la Légion d'honneur, père de famille, Nicolas Schiffler raconte le choc de 1993. « À Rombas, j'ai fait 5 % aux élections alors que le FN faisait 19 %. Comment concevoir que les électeurs préféraient un inconnu à un candidat qu'ils connaissaient au quotidien ! Je me suis retiré de la politique, écoeuré, » résume l'ancien député qui refuse pourtant d'être aigri.

L'homme de fer souligne : « Les ouvriers peuvent ramener des richesses incroyables. Ils connaissent la vie, ils connaissent les hommes au contraire des hauts fonctionnaires d'État ».

Les nuits d'insomnie, Nicolas Schifller pense à des réformes. « Et si on obligeait les Énarques à passer un an dans les usines..? »

Christine LECLERCQ