Pétrochimie : les salariés manifestent leurs craintes

Publié le 28/11/2012
Quelque 80 salariés de Total Petrochemicals France ont manifesté hier et ne cachent plus leur inquiétude croissante. Une délégation a demandé à la direction des précisions sur un avenir jugé très peu rassurant.
Pétrochimie : les salariés manifestent leurs craintes
Pétrochimie : les salariés manifestent leurs craintes
Quelque 80 salariés de Total Petrochemicals France ont manifesté hier et ne cachent plus leur inquiétude croissante. Une délégation a demandé à la direction des précisions sur un avenir jugé très peu rassurant.

© Le Républicain Lorrain, Mercredi le 28 Novembre 2012 / STA + SRG + FOR

Entre les locaux syndicaux et les bureaux de TPF, les salariés ont défilé, bloquant pour quelques minutes la circulation et disant leurs inquiétudes pour leur sort. Photo RL

Pas de grève, mais une manifestation comme les employés de l'industrie chimique n'en avait plus fait depuis longtemps à Carling.

Hier, les hommes et femmes vêtus de chasubles rouges ou orange se souvenaient de la dernière « vraie » manif : « C'était à l'époque de la fermeture du vapocraqueur 2, en 2007. Entre-temps, on a défilé pour d'autres causes, mais là c'est vraiment propre à notre boîte ».

Autrement dit, TPF, Total Petrochemichals France. Leur boîte et deux autres, Arkema et Ineos Sarralbe, les trois sites étant liés par des liens fournisseurs-clients. Les premiers pour le propylène, les seconds pour l'éthylène. « Si l'un tombe, ce sera le jeu de dominos », souligne un manifestant.

Après l'inquiétude - toujours existante - pour la fermeture d'Inéos Sarralbe, et une manifestation à la mi-octobre, c'est au tour des employés de TPF Carling de montrer clairement leur peur de lendemains sombres.

CFDT et CGT ont mené les opérations, parlant globalement d'une même voix. « On veut enfin qu'on nous donne une vision claire de ce qui attend le site de Carling », s'exclame Geoffrey Caillon, représentant syndical CFDT au CCE.

Car c'est le flou qui prédomine selon les syndicats. Aldo Scalzo, délégué syndical CGT et secrétaire du CCE, confirme : « Fin 2011, Inéos a dénoncé le contrat d'approvisionnement éthylène qu'ils avaient avec nous. Si rien ne bouge, au 31 décembre 2015 ce sera fini. Et cette année ils annonçaient aussi la vente du site avant de se raviser. Enfin, pour l'instant. »

Pour les deux hommes, impossible de ne pas évoquer « une entente entre les deux qui de toute façon ont envie de se retirer de Moselle. Sur 12 milliards de profits, la moitié va aux actionnaires et le reste part dans des investissements sur le site de Normandie mais surtout au Moyen-Orient où la production est beaucoup moins chère. Ici, à Carling, les seuls investissements sont ceux obligatoires, pour l'entretien. Sinon, rien. Ça n'augure rien de bon. »

Le spectre dela restructuration

Pis, les syndicats soulignent que « depuis quinze jours la direction générale parle clairement des restructurations en 2013 pour la chimie. Dans leur discours on comprend que le site de Carling sera concerné ».

Et d'évoquer aussi la crainte de l'arrêt un jour ou l'autre du vapocraqueur : « C'est le poumon du site, note Aldo Scalzo. Il ne resterait que la branche polystyrènes, soit 90 emplois si on compte les emplois induits ». Le site compte actuellement quelque 550 employés.

Du côté de la CFDT on évoque, si le pire scénario se profilait, un besoin de mesures de compensation, éventuellement des formations ou des sites expérimentaux afin de maintenir l'emploi. Pour le délégué CGT, il y a l'inquiétude de vivre « ce que Dunkerque a vécu : des reconversions où les gens doivent partir loin de chez eux. Nous, on veut que les gens restent dans leur profession et ne déménagent pas ».

Mais les troupes mobilisées par les deux syndicats (qui représentent à eux deux un peu plus de la moitié des employés) comme leurs leaders sont d'accord sur les moyens à mettre en oeuvre dans l'immédiat : « On a été à la manif de Sarralbe, on a rencontré le sous-préfet, on a été reçu par Masseret pour qu'il nous fasse rencontrer Arnaud Montebourg et on sait se mobiliser ».

L'État fait partie des recours plébiscités : « Il faut contraindre le gouvernement à mettre sous contrôle public le raffinage et la pétrochimie ».

Pour l'instant, au milieu des manifestants se trouvaient déjà Joëlle Borowski qui représentait la députée Paola Zanetti, et la conseillère régionale du secteur sarregueminois Angèle Dufflo venue assurer le soutien de son président à la cause pétrochimie en Moselle. Dans un communiqué, Jean-Pierre Masseret et Paola Zanetti rappelaient leur soutien aux salariés des sites de Total, Arkema et Ineos et estimaient que « le concours de l'État et du gouvernement est capital si l'on veut éviter la fermeture de ces deux sites d'ici ces trois prochaines années ».

La direction de TPF Carling n'a pas souhaité s'exprimer.

Vincent TRIMBOUR.