Plus de perspectives pour les jeunes

Publié le 21/09/2009
On a parfois l'impression que la population n'a pas pris la mesure de l'ampleur de la catastrophe... » Dominique Giroud, élu CFDT au comité d'entreprise de Total Petrochemicals, est comme surpris du calme qui règne dans les rues à l'entour. Diesen, Carling, L'Hôpital, Freyming, Saint-Avold...
Plus de perspectives pour les jeunes
Plus de perspectives pour les jeunes
On a parfois l'impression que la population n'a pas pris la mesure de l'ampleur de la catastrophe... » Dominique Giroud, élu CFDT au comité d'entreprise de Total Petrochemicals, est comme surpris du calme qui règne dans les rues à l'entour. Diesen, Carling, L'Hôpital, Freyming, Saint-Avold...


En 2008, l'effectif total de la cokerie était de 393 salariés. L'immense zone industrielle de Saint-Avold Nord, plus communément appelée Carling, a connu son apogée dans les années 50.

Le massif du Warndt paraît anesthésié par l’avalanche de mauvaises nouvelles.
C’est que le tsunami de la Cokerie de Carling n’est que le dernier épisode en date d’une sinistre série. «En huit mois, calcule le maire de Carling, Gaston Adier, le chômage a été multiplié par deux, rien que dans notre commune. Sur 3 900 habitants, on doit avoir, à peu près, deux cents chômeurs. » Le naufrage de la Cokerie ajouterait 400 suppressions d’emploi au bilan désastreux de la plateforme chimique Total-Arkéma. A elles deux, ces entreprises assuraient 1 830 emplois en 2004 ; en 2012, selon les plans en cours ou annoncés, un millier d’entre eux aura disparu. Et encore ne compte-t-on pas là les entreprises de sous-traitance directement menacées. «Quand un emploi de la grande industrie est supprimé, il y en a quatre derrière qui disparaissent », souligne Antoine Casula, de la CGT de Total Petrochimicals.
«En dix ans, complète Gilbert Weber, maire de L’Hôpital, j’ai vu partir quatre cents habitants. Sur 6 000 que nous étions en 1999, c’est beaucoup. » Les élus locaux se sentent abandonnés, et les 70 à 100 emplois promis par le futur Composites Park, sur l’ancien site minier De Vernejoul à Porcelette, ne suffisent pas à panser la plaie. «C’est vrai qu’Eddy Muller, le maire de Porcelette, a mouillé sa chemise pour avoir au moins ça », reconnaît le jeune conseiller général Fabrice Boucher. Mais Gilbert Weber reste amer face à l'«injustice» qui frappe la Moselle-Est. «Quand on voit les millions accordés à Molex, et rien chez nous, on ne comprend pas, déplore-t-il. Et tout est à l’avenant. Vous trouvez normal qu’on doive payer l’autoroute pour aller jusqu’à la préfecture de Région ? »

«Une boule dans la gorge»


«En ce moment, tout le monde joue aux pompiers. Mais les élus sont peu ou mal associés aux actions qui pourraient limiter les dégâts », s’impatiente Fabrice Boucher. En ce qui concerne la Cokerie, Gaston Adier reste persuadé qu'«on n’est pas allé au bout de la négociation ». De même, dans la chimie et la pétrochimie, les syndicalistes, encore sous le choc de l’accident mortel qui a provoqué l’arrêt du dernier vapocraqueur de Total Petrochemicals, sont en rage : «Nous avions multiplié les mises en garde pour qu’on n’arrête pas le vapo numéro deux. Résultat, aujourd’hui, tout est bloqué », répète Aldo Scalzo, secrétaire CGT du comité central d’entreprise de TPF.
De quoi faire douter les moins soupçonneux sur les intentions réelles des industriels. «De plus en plus, raconte Damien Grosse, élu CFDT chez Arkema, les gars viennent au boulot avec une boule dans la gorge. Tout le monde a peur du lendemain. Quand je suis arrivé il y a onze ans, on me disait : 'Tu feras ta carrière ici'. Aujourd’hui, il n’y a plus de perspectives pour les jeunes. »
A quoi se raccrocher quand tout s’écroule autour de vous ? «Franchement, revitaliser ce secteur, c’est tellement énorme… », murmure le maire de Carling sans terminer sa phrase. Son collègue de L’Hôpital fait mine de croire que tout n’est pas perdu pour la Cokerie, «tant que les fours ne sont pas éteints » ; mais il évoque aussitôt les «contrecoups » : les baisses d’effectifs dans les écoles, les services et les commerces menacés… «On réclame tous un plan de revitalisation, évidemment. Mais ce qui est grave, c’est que désormais c’est le moral des gens qui est profondément affecté

Bernard MAILLARD.
Publié le 21/09/2009 (France et Monde)