POLITIQUE UN AN APRES LA VENUE DE NICOLAS SARKOZY A GANDRANGE - LES SALARIES L'ONT CRU, ILS N'ONT RI

Publié le 04/02/2009
Nicolas Sarkozy est venu le 4 février 2008, au lendemain de son mariage, annoncer aux salariés de Gandrange que l'Etat était prêt à investir pour sauver l'aciérie. Le personnel de l'usine l'a même applaudi. Un an après, jour pour jour, Gandrange ressasse son désenchantement.
POLITIQUE UN AN APRES LA VENUE DE NICOLAS SARKOZY A GANDRANGE - LES SALARIES L'ONT CRU, ILS N'ONT RI
POLITIQUE UN AN APRES LA VENUE DE NICOLAS SARKOZY A GANDRANGE - LES SALARIES L'ONT CRU, ILS N'ONT RI
Nicolas Sarkozy est venu le 4 février 2008, au lendemain de son mariage, annoncer aux salariés de Gandrange que l'Etat était prêt à investir pour sauver l'aciérie. Le personnel de l'usine l'a même applaudi. Un an après, jour pour jour, Gandrange ressasse son désenchantement.

«Gandrange pour un voyage de noces, c’est pas mal !» Les mots du président sont encore dans toutes les têtes. «J’y étais. Certains l’ont même félicité pour son mariage. Il y a eu des applaudissements. Mais c’est surtout cet engagement que l’Etat investirait ici pour sauver l’aciérie. Il nous a vraiment fait avaler n’importe quoi

LE FAIT DU JOUR
Cédric, 33 ans opérateur-dépanneur au train à billettes d’ArcelorMittal à Gandrange est amer. Pour un peu il s’en amuserait, du souvenir de cette matinée échevelée à l’usine où Sarkozy «fit un véritable discours de syndicaliste », comme l’a répété un orfèvre en la matière, Edouard Martin de la CFDT. Mais aujourd’hui à Gandrange, on n’a pas trop le cœur à célébrer l’événement. «Mieux vaut oublier cette visite présidentielle », remarque Jacky Mascelli de la CGT. Le désenchantement est à la hauteur des espoirs qu’a pu susciter la venue du président de la République. «Les salariés de Gandange l’ont cru ! Mais ils n’ont rien vu venir. Finalement, tout ça ce n’était que du bla-bla », remarque Jean-Yves de la CFE/CGC.
«Pourquoi reviendrait-il ?»
Les abords de l’usine sont déserts. «Il y avait toujours plein de voitures, du personnel de la sous-traitance qui venait », remarque une dame qui distribue des tracts. Même l’énorme bâtiment qui abrite l’aciérie semble inerte. Aucun bruit, pas de vibrations, même pas de fumée qui se dégage du site. Les gars qui sortent au volant de leur voiture sont gagnés par la fatalité. «J’y étais mais je n’ai jamais cru à toutes ces promesses. Il s’est moqué de nous !», lâche Eric, 37 ans, de Rosselange qui espère un reclassement prochain vers les aciers plats de Florange. «Un an après, il n’y a rien de neuf. Pas de résultats », avoue Marc, 47 ans, de Briey qui devrait poursuivre son parcours au LCB (Laminoir à couronnes et à barres). «Franchement, je ne sais pas ce qu’on va devenir. L’année dernière je n’ai pas été le voir. Et aujourd’hui, le pouvoir d’achat, il se l’est appliqué à lui-même. Pas à nous ! Et pourquoi reviendrait-il aujourd’hui ?», assure Jean-Bernard 56 ans qui travaille aux Transports. «Fin mars pour moi, c’est fini ! Ça fait des années que je m’occupais de l’entretien à l’aciérie », témoigne François, 38 ans de Rombas, employé d’une société de sous-traitance. «C’est fini tout ça ! Ça va fermer.» Philomène, 35 ans de Moyeuvre, tient le Café de la Gare, le plus proche de l’usine rue de la République vers Amnéville. La seule table occupée ne crée pas vraiment d’ambiance dans le café. Elle est seule derrière le bar, son regard triste se perd vers l’extérieur, au loin. Vers l’usine de la belle époque où son père, accrocheur de train, a si longtemps travaillé. «Quand on ouvrait à 5 h 30 du matin et qu’on fermait vers 4 h 30. On n’arrêtait pas de la journée, de la nuit. Les gars de l’usine venaient prendre le café, fumer leur cigarette. Ils venaient décompresser. Aujourd’hui, j’ouvre à 11 h 30 et je ferme à 21 h. » Elle se souvient de la visite présidentielle. «Que des paroles ! Et ça n’a rien changé. J’aimerais le voir vivre avec 1 200 euros, tiens !» Vers Vitry-sur-Orne, de l’autre côté du pont, Denise tient le salon de coiffure la Peignerie. «Je n’ai pas trop cru aux promesses de Nicolas Sarkozy. J’ai surtout des craintes pour toutes ces petites entreprises autour qui vont mourir. Mais il faut s’accrocher, il faut avancer, vivre dans l’espoir. Les jeunes doivent se bouger comme l’autre jour à la manif… », veut encore croire Denise.
Bernard KRATZ
Publié le 04/02/2009 - Région