Quand les anges se déplument

Publié le 19/10/2012
ArcelorMittal Bernard Lavilliers était de retour à Florange, hier, pour une rencontre chaleureuse avec les métallos de Florange et pour rappeler que le combat continue
Quand les anges se déplument
Quand les anges se déplument
ArcelorMittal Bernard Lavilliers était de retour à Florange, hier, pour une rencontre chaleureuse avec les métallos de Florange et pour rappeler que le combat continue

© L'Est Républicain, Vendredi le 19 Octobre 2012 / Région Lorraine + Vosges Matin

 

Hier à Florange, Bernard Lavilliers a été a ccueilli en frère d'armes par les métallos.

Photo Alexandre MARCHI

Florange. Il la connaît cette vallée. Bernard Lavilliers l'a chantée, et parcourue « de bled en bled. Je faisais une tournée mondiale dans la Fensch Vallée en 1970. J'ai sillonné la région dans tous les sens avec mon percussionniste. Et la région, elle reste là ! », raconte le chanteur se plaquant la main sur le coeur.

C'était donc hier pour celui qu'ici tout le monde appelle « Bernard », le retour au bled, retour dans la vallée des anges qui l'a inspiré à plusieurs reprises, « l'un de nos premiers soutiens qui revient ». Accueilli en frère d'armes par les métallos, Bernard tient à préciser, entre deux signatures d'autographes et de très nombreuses photos, « je ne suis pas venu assister à un enterrement ! Je suis là pour la beauté du site, mais aussi celle des hommes. C'est mon rôle d'artiste, de travailleur de la poésie, que d'être à leurs côtés. Et j'y crois encore avec eux. Je crois que c'est encore possible ».

Pourtant, le chanteur se souvient d'avoir déjà vécu à Longwy, en 79, puis Uckange en 91, les démantèlements, les fermetures. Lui qui à seize ans a goûté au laminoir dans la région de Saint-Etienne rappelle « la présence de ce feu qui nous lie, le lien du métier. Le fait que ça se termine en peau de chagrin, ça me révolte ! Parce que là avec Mittal, on les déplume, les anges ! ». Déplumés peut-être, mais pas moribonds, « pas encore » veulent croire les sidérurgistes. « Aujourd'hui, c'est vrai qu'on se sent dans le creux de la vague », raconte Frédéric Weber, syndicaliste à la CFDT. Mais il reste six semaines pour trouver un repreneur, 629 salariés en sursis. « Le gouvernement travaille, une vingtaine de repreneurs potentiels sont identifiés. Maintenant on attend du concret ».

Le 1er décembre il n'y aura que deux sorties possibles : la reprise ou le plan social. Florange, dernier symbole de la lutte entre le patronat et les ouvriers ? « Peut-être. En tout cas si le gouvernement échoue sur le cas de Florange, on se demandera ce que ce gouvernement peut encore pour le pays », ajoute le syndicaliste.

Du côté de la CGT, la reprise partielle d'usine, on n'y croit pas. « Une reprise partielle des hauts-fourneaux et de la cokerie, ce n'est pas crédible. Nous en appelons à la mobilisation générale pour la réappropriation de l'usine », plaide Jean Mangin, leader CGT à Florange.

Bernard Lavilliers passera de longs moments à parler avec chacun, poussant même la chanson sous la tente, soucieux d'affirmer : « Je suis à vos côtés, viscéralement du côté du peuple ». Normal, quand on a chanté les « Mains d'Or ».

Stéphanie SCHMITT