Rapid Staples : les salariés licenciés s'estiment floués

Publié le 14/01/2012
En juillet dernier, l'entreprise Rapid Staples licenciait deux tiers de ses effectifs. Six mois après, les anciens salariés n'ont pas digéré la violence des méthodes utilisées. La CFDT pointe des zones d'ombre dans les procédures.
Rapid Staples : les salariés licenciés s'estiment floués
Rapid Staples : les salariés licenciés s'estiment floués
En juillet dernier, l'entreprise Rapid Staples licenciait deux tiers de ses effectifs. Six mois après, les anciens salariés n'ont pas digéré la violence des méthodes utilisées. La CFDT pointe des zones d'ombre dans les procédures.

© Le Républicain Lorrain, Samedi le 14 Janvier 2012 / SRB
 
Laurent Paté, avocat de la CFDT métallurgie Moselle : « Nous ne sommes pas en mesure d'affirmer que Rapid Staples a licencié au mépris des lois, mais il y a des zones d'ombre. » Photos Delphine DE LUCIA. 

On n'a pas fini d'entendre parler des licenciements de Rapid Staples. En juillet dernier, 43 employés perdaient leur poste en raison d'une délocalisation partielle de la production dans un pays émergent. « Nous ne retrouverons pas nos emplois », a clairement annoncé la CFDT métallurgie Moselle hier, lors d'une réunion d'information qui se tenait à la mairie de Lutzelbourg. Mais des indemnités « à la hauteur de la casse sociale », peut-être.

Car les interrogations sur les méthodes de licenciement de l'entreprise, spécialisée dans la fabrication d'agrafes et rachetée par le groupe Esselte, sont nombreuses. « N ous ne sommes pas en mesure d'affirmer que Rapid Staples a agi au mépris des lois, prévient Laurent Paté, avocat de la CFDT métallurgie Moselle. Mais il y a des zones d'ombre dans le dossier. »

o Un plan social minimaliste : Selon la CFDT, Rapid Staples s'est contenté du minimum social lors des licenciements. Choquant vu les profits enregistrés par le groupe Esselte : « 17 millions d'euros en 2011 », avance l'avocat du syndicat. Parmi les exemples phares de ce licenciement à bas prix, la CFDT note des indemnités « ridiculement basses ». « Une indemnité supra légale de 7 000 EUR là où d'autres boîtes équivalentes proposent 5 000 EUR par année d'ancienneté », dénonce Didier Getrey, le responsable mosellan de la CFDT métallurgie.

Autre point noir, le congé de reclassement. « Rapid Staples a accordé quatre mois à 65 % du Smic, calcule Didier Getrey. C'est une misère. En moyenne, les entreprises offrent un an à 80 % du Smic. Et ça peut aller jusqu'à 18 mois pour les salariés de plus de 50 ans. »

Bref, le plan de juillet dernier n'aurait de « social » que le nom, « alors que pour les plans sociaux économiques, le code du travail préconise une proportionnalité entre les conditions de licenciement et les moyens de l'entreprise », rappelle maître Paté.

o Des critères de licenciements peu clairs : Les salariés estiment que « les critères de licenciements n'ont pas été suffisamment précis és ». Hormis le motif de délocalisation pour compétitivité, rien n'explique « pourquoi certains salariés ont été conservés et pas d'autres ». Le jeu d'équilibre entre notes personnelles (situation familiale, ancienneté...) et notes professionnelles (performance, niveau de qualification...) n'apparaîtrait pas dans les lettres de licenciement.

o Pas de propositions de reclassement en France : Comme dans tout plan social, Esselte a dû proposer des reclassements dans les entreprises du groupe. « Mais aucune proposition n'a été faite sur le territoire national, relève maître Paté. Or, l'employeur doit prouver qu'il a fait le nécessaire pour reclasser les salariés avant tout en France. » Plutôt qu'en Chine, en Pologne ou en Allemagne, les seuls choix laissés aux employés pour retrouver un CDI...

o Des dysfonctionnements en série : Les ex-salariés ont pointé une série de dysfonctionnements sur des questions de procédures (lettres de licenciement variables d'un salarié à l'autre) ou sur des questions de fond (inégalité salariale entre homme et femme).

o Peu de retour à l'emploi parmi les licenciés : la commission de suivi mise en place suite aux licenciements aurait proposé « beaucoup de formations mais peu de retour à l'emploi », assure un salarié. De son côté, la CFDT insiste sur un licenciement immoral, « où des employés avec trente ans d'ancienneté se retrouvent sur le carreau du jour au lendemain. »

Hubert GAMELON.