Sidérurgistes dans la bataille

Publié le 24/09/2011
Cette fois, le bras de fer est entamé. Quinze jours après l'annonce de mise en veille des installations sidérurgiques de la vallée de la Fensch pour toute la fin de l'année, les esprits ont eu le temps de ruminer l'information. Et d'organiser « la résistance » envers un « ArcelorMittal tout puissant » ayant décidé de passer une mauvaise période économique en ayant recours au chômage partiel de façon subite, surprenante, inédite.
Sidérurgistes dans la bataille
Sidérurgistes dans la bataille
Cette fois, le bras de fer est entamé. Quinze jours après l'annonce de mise en veille des installations sidérurgiques de la vallée de la Fensch pour toute la fin de l'année, les esprits ont eu le temps de ruminer l'information. Et d'organiser « la résistance » envers un « ArcelorMittal tout puissant » ayant décidé de passer une mauvaise période économique en ayant recours au chômage partiel de façon subite, surprenante, inédite.

© Le Républicain Lorrain, Samedi le 24 Septembre 2011 / THI
 
Regain de combativité : hier, la manifestation des sidérurgistes a rassemblé plus de quatre cent cinquante personnes, à Florange. Photo Pierre HECKLER

 

Même si la manifestation organisée hier matin à Florange n'a pas atteint le seuil des cinq cents manifestants, on s'en est rapproché singulièrement. Une petite victoire pour le moral, ce qui n'est déjà pas si mal.

Sur les coups de 10h, l'ensemble des organisations syndicales est en ordre de marche, avenue des Tilleuls. Les drapeaux militants sont déployés, les maires ont sorti leurs écharpes tricolores et le monde ouvrier sa mine des mauvais jours. Au micro, on retrouve un Édouard Martin survolté, remonté comme une pendule, qui exhorte les « sidérurgistes, les aciéristes » à sortir les griffes « pour monter à Monsieur Mittal qu'on a la rage ! ». Le message est d'abord entendu timidement puis, à force d'incantations, la foule commence à répondre. « C'est pas si facile que ça de se mettre dans l'ambiance, confesse un manifestant. Le temps des grandes manifs est fini depuis longtemps. Aujourd'hui, les gens sont résignés, ou alors ils n'ont pas encore assez peur. Certains des collègues me disent qu'après tout, si la sidé ferme, ils seront bien reclassés quelque part. C'est un calcul dangereux car les places sont devenues de plus en plus rares... ».

10h15. Le cortège est maintenant aux portes des Grands Bureaux. Symbolique. Le chauffeur de troupes s'époumone : « Si la vallée n'est pas encore en danger de mort, elle est sérieusement en péril. Notre mobilisation ne fait que commencer ; il faut montrer notre détermination ! »

« Le scénario catastrophe »

En contrebas de la volée de marches, les manifestants alternent applaudissements et hochements de tête. Au micro, les représentants syndicaux se succèdent. FO redoute « le scénario catastrophe » d'une fermeture totale à venir ; la CFE-CGC assure que « Florange est viable et doit le rester » ; la CGT y va d'un grand coup de gueule et évoque « la stratégie suicidaire du groupe ». Édouard Martin, pour la CFDT, clôt le bal de façon tonitruante : « Le monde est fou ! Un battement d'aile de papillon suffit à rendre les marchés fous ! Et nous ? On risque des licenciements [...] Mittal veut nous mettre à la soupe populaire ? Eh bien chiche ! ». En quelques minutes, le cortège lève le camp, direction le passage à niveau de Daspich où des collègues ont sorti la table de camping et la gamelle. La soupe de lentilles attend les sidérurgistes « pour le clin d'oeil diabolique à Mittal, qui n'aime pas que son image soit écornée ».

Gobelet en main, trois jeunes salariés de la coulée continue observent ce qui ressemble maintenant à une vaste scène de théâtre où les figurants font la pause. « Pour l'instant, on ne sait pas vraiment ce qui va se passer. C'est dur à vivre, enfin à revivre. Au boulot, on n'en a même pas tellement parlé entre nous ».

Comme si les inquiétudes des uns étaient devenues un sujet tabou et les affirmations du groupe à vouloir maintenir l'outil opérationnel pour une future reprise difficilement palpable. Oui, finalement, personne ne sait vraiment ce qui va se passer.

C. FOLNY.