SOCIAL Routes bloquées à Saint-Avold, L'hôpital, Carling - Le coup de gueule des cokiers

Publié le 26/09/2009
Les salariés de la cokerie de Carling, condamnée d'ici octobre, ont durci leur mouvement hier. Ils estiment avoir été bernés par leur actionnaire et exigent que la prime de fermeture du site ne soit pas «une aumône».
SOCIAL Routes bloquées à Saint-Avold, L'hôpital, Carling - Le coup de gueule des cokiers
SOCIAL Routes bloquées à Saint-Avold, L'hôpital, Carling - Le coup de gueule des cokiers
Les salariés de la cokerie de Carling, condamnée d'ici octobre, ont durci leur mouvement hier. Ils estiment avoir été bernés par leur actionnaire et exigent que la prime de fermeture du site ne soit pas «une aumône».

Le discours de Michel Escoin ne passe plus. 300 salariés de la cokerie ont pris la rue dès 6 h 30. 
Le discours de Michel Escoin ne passe plus. 300 salariés de la cokerie ont pris la rue dès 6 h 30.

Il fallait lâcher un peu de vapeur. Durant trois mois, les gars se sont tenus tranquilles et ont accepté de croire en la reprise. Mais aujourd’hui, on leur annonce la fermeture et un plan social au rabais. Ils avaient besoin de sortir de l’usine pour manifester toute leur exaspération par rapport à tout ça. Cette idée de manifestation est venue de la base, les syndicats n’ont fait qu’encadrer les choses », témoigne Michel Weinert, délégué CFE-CGC. Ecœurés, avec le sentiment d’avoir été menés en bateau… Les salariés de la cokerie de Carling ont donc pris la rue, hier matin dès 6 h 30. Ils étaient plus de 300 et n’ont pas eu à aller loin pour semer une belle pagaille. Le giratoire, juste devant le site de Cokes de Carling, est un passage obligé pour relier Saint-Avold à Carling, L’Hôpital ou même Creutzwald. Des kilogrammes de coke ont été déversés sur la chaussée pour paralyser le secteur. Une centaine de manifestants ont aussi poussé jusqu’à l’A4 pour organiser une opération péage gratuit durant une dizaine de minutes. Vers 9 h, Michel Escoin a accepté de venir discuter avec les grévistes devant les portes de la cokerie. Depuis le début de cette affaire, le PDG de Cokes de Carling joue l’intermédiaire entre les personnels et les actionnaires sarrois basés à Dilling, en l’occurrence les dirigeants de Rogesa, restés d’ailleurs invisibles hier. «Proposez quelque chose de concret aux gars », lance Jürgen Martin, délégué CFDT. «On fait tout notre possible pour trouver des emplois, vous recaser ailleurs », répond Michel Escoin.

«Il faut qu’on puisse vivre»

Ancien des HBL et de la cokerie, Michel Escoin est respecté par ses troupes. Mais, hier, il a dû faire face à des hommes et des femmes qui ont décidé de sérieusement hausser le ton. Son discours, prônant la patience et les bonnes manières, ne passe plus. Philippe Ponsin, salarié embauché voilà un an et à qui on a promis une belle carrière à la cokerie, se détache du groupe de manifestants. Il se poste devant son patron : «Monsieur Escoin, on sait que vous ferez tout pour trouver des emplois de reclassement mais il n’y a plus de boulot nulle part. On a des familles, des maisons, des crédits sur le dos. Maintenant, il faut que vous alliez voir l’actionnaire pour lui dire qu’il doit ouvrir le portefeuille. En attendant cette reprise qu’on nous promet, il faut qu’on puisse vivre. » Applaudissements, des collègues viennent lui taper l’épaule : «Bien dit, mec. » Pour l’instant, la direction propose 1 600 € brut pour tous les salariés en guise de bonne fermeture de l’usine, en plus des mesures du plan social. «C’est des broutilles, une aumône, l’actionnaire a gagné plus d’un milliard l’an dernier », crie un gréviste. «On veut plus. Chez Molex, ils ont eu 30 000 », hurle un autre dans la foule. Il n’y a eu aucun débordement hier, juste un gros coup de gueule. Mais si les négociations encore prévues d’ici lundi butent toujours sur des questions de chiffres, les cokiers promettent de revenir à l’action.

Stéphane MAZZUCOTELLI.
Publié le 26/09/2009 (France et Monde)