Ulcos : le mauvais timing du calendrier européen

Publié le 05/11/2011
Le lobbying Ulcos fonctionne. Pour autant, les syndicats sont sortis déçus de leur rendez-vous au ministère de l'Industrie, hier après-midi.
Ulcos : le mauvais timing du calendrier européen
Ulcos : le mauvais timing du calendrier européen
Le lobbying Ulcos fonctionne. Pour autant, les syndicats sont sortis déçus de leur rendez-vous au ministère de l'Industrie, hier après-midi.

© Le Républicain Lorrain, Samedi le 05 Novembre 2011 / Région
  
« C'est tout l'acier européen qui est en sursis », dénonce Edouard Martin. Photo Pierre HECKLER 

Il y avait ceux qui attendaient une annonce. Un petit quelque chose qui aurait fait que les syndicats auraient pu jouer les porteurs d'espoir. Or, tous, de la CGT à la CFE-CGC en passant par FO ou la CFDT, sont rentrés déçus, voire un peu plus inquiets encore sur l'avenir de la filière liquide de l'usine intégrée de Florange.

Certes, le lobbying autour d'Ulcos, ce système de captage de CO2, tourne si bien qu'Eric Besson, ministre chargé de l'Industrie, a enfin empoigné le dossier. Mardi, c'est lui qui ira défendre le projet à Bruxelles. Du coup, hier, une délégation de syndicalistes toutes tendances confondues, conduite par le sous-préfet François Marzorati, a été reçue par Thomas Branche, directeur adjoint du cabinet du ministre.

La bonne nouvelle, c'est qu'Ulcos a été classé n°1 parmi les cinq projets innovants présentés par la France à Bruxelles. L'Europe ayant promis à chaque pays de l'Union de financer un à trois projets présentés. Si Ulcos tient techniquement la route, il est quasi assuré de décrocher les 250 MEUR convoités.

La mauvaise nouvelle, c'est que la Banque européenne d'investissements (BEI) a soixante-dix projets déposés sur son bureau. Son avis, elle ne le rendra que fin février 2012. La décision finale n'intervenant pas avant l'été 2012 !

« Trop tard, beaucoup trop tard », ont hurlé en choeur les syndicalistes. Tous tirent la sonnette d'alarme. « En France, au Luxembourg, en Espagne, en Belgique, en Roumanie... Au total ce sont neuf usines que Mittal a mises à l'arrêt en Europe, dénonce Edouard Martin pour la CFDT. Parallèlement, il vient d'obtenir le feu vert pour construire la plus grande usine sidérurgique en Inde. C'est tout l'acier européen qui est en sursis. »

Le syndicaliste en est convaincu. « Avec Ulcos, on piège Mittal, on l'oblige à pérenniser la sidérurgie lorraine. Florange deviendra un projet laboratoire capable de sortir un acier hyperpropre avec une productivité améliorée de 20 à 30 %. L'enjeu est aussi environnemental que technologique. » FO a demandé hier à l'Etat de faire pression sur Mittal afin qu'il débloque « ses » 100 MEUR le plus rapidement possible pour transformer le haut fourneau. « On le voit bien, en engageant 2 MEUR de travaux sur les voies ferroviaires afin d'alimenter le laminoir à chaud avec des brames de Dunkerque, ArcelorMittal nous berne et nous montre que Florange n'a plus besoin de filière liquide. » La CGT accuse l'Etat français de « se décharger sur l'Europe en attendant Ulcos, alors qu'on a des problèmes fondamentaux très importants. » La CFE-CGC rejoint l'inquiétude : « Les plus jeunes, les plus compétents veulent partir. Techniquement, si Ulcos est accepté, rien ne sera mis en oeuvre d'ici 2014. Qui fera tourner l'usine ? Avec quelles compétences ? Tout est fait pour démotiver. L'Europe peut dire oui à Ulcos et la filière liquide être toujours à l'arrêt. Mais, c'est trop long. Beaucoup trop long. »

Laurence SCHMITT.