Un « Non ! » européen à Mittal

Publié le 08/12/2011
Les métallurgistes d'ArcelorMittal ont mené une action conjointe hier en Europe. À Florange, le site était totalement bloqué, pas une bobine d'acier n'est sortie des usines. Objectif : « taper Mittal au portefeuille »
Un « Non ! » européen à Mittal
Un « Non ! » européen à Mittal
Les métallurgistes d'ArcelorMittal ont mené une action conjointe hier en Europe. À Florange, le site était totalement bloqué, pas une bobine d'acier n'est sortie des usines. Objectif : « taper Mittal au portefeuille »

© L'Est Républicain, Jeudi le 08 Décembre 2011 / Région Lorraine

 

Les métallos lorrains ne veulent pas être les « intouchables » de Lakshmi Mittal. Photos A. MARCHI

Florange. « Non à la stratégie financière de Lakshmi Mittal », à l'appel de la fédération européenne des métallurgistes (FEM), en France, en Belgique, en Allemagne, en Espagne au Luxembourg des dizaines de milliers de métallos d'Arcelor Mittal ont manifesté hier.

« Aujourd'hui Mittal nous prend pour des ''intouchables''. Il croit qu'il peut nous jeter d'un revers de manche ! Mais on se battra jusqu'au bout. Et s'il faut crever, on crèvera debout ! ». Devant l'entrée de la « filière froid » à Florange, Walter Broccoli, secrétaire général FO, assène un message des plus clairs à la direction de Mittal.

2.800 salariés au chômage partiel

Toutes les entrées du site ArcelorMittal de Moselle étaient bloquées hier dès 3 heures du matin pour 24 heures à l'appel de l'intersyndicale CGT, CFDT, FO du site. Alors que la météo se déchaîne, les salariés se sont regroupés par vingtaines sous des tentes pour que « pas une rame n'entre sur le site, ni une bobine ne sorte ». Alors que le vent et la pluie battante font s'envoler un des piquets de grève, les ouvriers ne vacillent pas : « Vous voyez, on est prêts à se mouiller pour garder nos emplois ».

Les métallos mosellans ont choisi de « taper Mittal au portefeuille. Là où ça lui fait mal. Puisque c'est le seul discours qu'il entend ! », comme l'affirme Frédéric Weber, délégué syndical CFDT. Mais au-delà du blocage et des pertes qu'il va engendrer, c'est un cri symbolique que les métallurgistes d'Europe lancent à l'unisson. « Un premier pas vers une Europe des travailleurs. Tous les jours on nous parle de l'Europe de la finance. Mais la vraie vie, ce sont quand même des hommes ! », ajoute Frédéric Weber.

Le pupitre central de commande d'Ebange, le plus grand réseau ferré privé de France, qui gère sur 100 km les trains qui entrent et sortent de l'usine au quotidien est aujourd'hui le nerf de la guerre que mènent les salariés qui y ont installé leur PC de crise. « Ces voies sont les artères de l'usine. On les a paralysées », annonce Walter Broccoli. Tous les wagons sont à l'arrêt. Pour Arcelor, c'est l'embolie...

Ulcos « une lueur d'espoir » ?

Le haut-fourneau P6 de Florange est à l'arrêt depuis le 4 octobre. Pour une durée provisoire, mais au moins jusqu'en avril prochain. Dans les filières aciérie, coulée continue et packaging, 90 % des 2.800 salariés sont touchés par le chômage partiel. 200.000 heures de chômage sont d'ores et déjà prévues pour le 1er trimestre 2012. « Pourtant le site de Florange fait des bénéfices. En 2011 les 2.800 salariés produisent plus que 20.000 métallos dans les années 70 », raille Walter Broccoli.

Entre révolte et résignation, beaucoup ici ont le sentiment de vivre la fin de la sidérurgie en Lorraine. Le projet de captation Ulcos est pour d'autres une petite lueur d'espoir d'un avenir industriel dans la région. Mais pour que la Moselle accueille ce projet, l'Europe devra dire « oui », et le P6 devra être en état de fonctionner après plusieurs mois d'arrêt.

François Hollande, candidat PS à la présidentielle a plaidé la cause d'Ulcos à Bruxelles récemment. Il a aussi « promis de venir à Florange » en avril prochain. En espérant qu'il ne soit pas trop tard...

Stéphanie SCHMITT