Victoire de l'économie sur le politique

Publié le 02/12/2012
Les enseignements du jour d'après : un « bon accord » pour Mittal, un compromis pragmatique pour Ayrault et Hollande

Victoire de l'économie sur le politique
Victoire de l'économie sur le politique
Les enseignements du jour d'après : un « bon accord » pour Mittal, un compromis pragmatique pour Ayrault et Hollande

© L'Est Républicain, Républicain Lorrain et Vosges Matin, Dimanche le 02 Décembre 2012 / France-Monde 

LE GOUVERNEMENT et ArcelorMittal ont trouvé une porte de sortie providentielle vendredi soir, au bout de deux mois d'un bras de fer douloureux. Mais à quel prix ! Les salariés de Florange l'ont vite compris : en restant dans le giron du géant Mittal, les voilà contraints à remettre l'ouvrage sur le métier pour défendre leur avenir. Ils évitent, certes, le plan social mais en sont quittes pour des discussions serrées en comité d'entreprise et à tous les étages du dialogue interne, pourtant terriblement dégradé. Et puis, quid des sous-traitants ? Leur sort inquiète, notamment chez Gépor (transport et logistique) où 130 salariés craignent pour leurs postes puisqu'ils étaient liés au redémarrage des hauts-fourneaux. Et ils ne redémarreront pas de sitôt. Le constat s'impose : le compromis obtenu par Jean-Marc Ayrault a reçu, hier, l'approbation... d'ArcelorMittal ! Logique sur le fond, ce satisfecit confirme la victoire de l'économie sur le politique. Hors plan social, qui n'en est plus un, le groupe retombe finalement sur ses pattes et sur ses engagements initiaux : la pérennisation de la filière froide, même si le chiffre de 180 MEUR remplace aujourd'hui utilement la promesse d'hier « d'investir ce qu'il faut ».

Reculade

Et, alors qu'Ulcos était un des éléments déterminants du discours de Jean-Marc Ayrault, vendredi soir, à l'hôtel Matignon, ArcelorMittal n'y fait pas une seule fois référence dans son communiqué de fin de crise !

De là à dire que la révolution industrielle du métal plus propre qu'est Ulcos est un habile cache-misère conjoncturel, il n'y a qu'un pas ! Que les syndicalistes franchissent allègrement depuis vendredi, 21 h 05. En fin de course, au bout de 18 mois de conflit, qui perd, qui gagne ? Politiquement, la parole d'Arnaud Montebourg sort décrédibilisée, pour avoir été la mouche du coche de la stratégie de durcissement orchestrée depuis l'Élysée. Et François Hollande, alors ? Après avoir menacé mardi Lakshmi Mittal de « nationalisation » lors la conférence de presse qui précédait leur rencontre, le chef de l'État a laissé à Matignon le soin d'assumer un véritable compromis minimal. Même au PS, des voix s'élèvent pour douter de l'autorité réelle du chef de l'exécutif. Cet épisode consacrera peut-être son extrême subtilité. Par contre, ceux qui se souviennent du François Hollande candidat, juché sur le toit de l'estafette de la CFDT et promettant une loi pour réquisitionner les sites industriels rentables, ne pourront y voir qu'une forme de reculade, au bout de six mois de mandat. A. M.