"Enseigner, c'est un métier"

Publié le 16/12/2009
Les étudiants de l'IUFM d'Épinal et les syndicats enseignants restent mobilisés. Ils étaient dans la rue hier pour dire une nouvelle fois "non" à la réforme des IUFM.
"Enseigner, c'est un métier"
"Enseigner, c'est un métier"
Les étudiants de l'IUFM d'Épinal et les syndicats enseignants restent mobilisés. Ils étaient dans la rue hier pour dire une nouvelle fois "non" à la réforme des IUFM.

Mercredi 16 Décembre 2009, © Vosges Matin / VOSGES

Thierry Ruiz : 'Les enfants ne sont pas des robots.'
Sandra et Annabelle, deux étudiantes de l'IUFM qui vont faire les frais de cette réforme... (Ph. J.H.)
Les étudiants de l'IUFM ont manifesté avec enthousiasme pour défendre une formation des professeurs en alternance et rémunérée avant tout.
Petit concert de casseroles en préambule, fresque peinte en amuse-bouche, vaste protestation sur fond de pétitions et de sifflements, le tout saupoudré de jets de pétards et de danses improvisées, la manifestation d'hier pour protester contre la réforme des IUFM a fait du bruit dans la cité des Images. Les étudiants de l'IUFM d'Épinal ont bien répondu présents à l'appel de plusieurs syndicats enseignants qui protestent depuis des mois contre 'une formation au rabais' des futurs maîtres. Après une déambulation en ville, la centaine de manifestants a pris place devant la préfecture à l'heure du déjeuner pour dire 'non' à la 'mastérisation' avec les représentants des fédérations FSU, Unsa-Education et SGEN-CFDT, FO FNEC FP... Pas la foule des grands jours en cette journée affreusement glaciale mais des gens motivés. Et surtout concernés. À l'image d'Annabelle et Sandra, deux étudiantes de 26 ans en 1re année d'IUFM (l'année de préparation au concours dans l'ancienne formule) et qui se verront parachutées dans des classes l'an prochain, une fois l'examen obtenu. 'Nous revendiquons un droit à la formation. La pédagogie, ça ne s'invente pas. La remasterisation n'est pas une solution. On demande de plus en plus un haut niveau aux futurs maîtres. Mais ce qu'il leur faut, ce sont surtout des clefs pour enseigner. Autrefois, on pouvait être instituteur après la 3e puis après le bac et maintenant il faut un master (bac + 5). Ce n'est pas en élevant le niveau qu'on va faire de meilleurs profs mais en améliorant leur formation. On parle d'échec des jeunes mais si les enseignants ne sont pas à la hauteur côté pédagogie...' 'Rien ne vaut l'expérience' Denis Morin est professeur d'histoire à l'IUFM depuis peu . Il déplore également cette réforme 'Châtel-Pécresse'. 'Il ne peut pas y avoir de formation sans un va-et-vient entre l'université et le terrain. Rien ne vaut l'expérience et le vécu. J'ai bien peur également que cette réforme sonne le glas de la formation continue.' Le professionnel qui est aussi passé par le métier de maître est inquiet. ' Le fait de passer d'un master aux cours risque de desservir les étudiants. La formation académique n'a pas le même impact.' Un constat approuvé par Thierry Ruiz, professeur d'EPS et Thierry Coriton, professeur de philosophie, tous deux à l'IUFM en tant qu'enseignant depuis de nombreuses années. ' Pour enseigner, il faut comprendre à qui on a affaire et il n'y a rien de mieux que d'aller dans les classes, comme ça se faisait jusqu'à présent en dernière année d'IUFM. Former des maîtres sans voir des élèves c'est un peu comme former des infirmières sans jamais voir de patients. C'est grave ! Enseigner, transmettre, ça s'apprend. Les élèves ne sont pas des robots et la gestion de l'humain, c'est un métier !' Des arguments que Stéphane Daval, secrétaire départemental du SE-UNSA, ne démentira pas. ' C'est clair que c'est encore une mesure visant à économiser cette année de stage rémunérée aux étudiants. Nous refusons une formation au rabais pour les maîtres de demain'. Des propos approuvés et soutenus par l'Amicale des écoles normales des Vosges et de l'IUFM de Lorraine qui était présente à cette manifestation par le biais de plusieurs de ses membres et de son représentant Jean-Paul Rothiot. Une délégation composée d'étudiants de l'IUFM, et de représentants de l'UNSA Education, des personnels Atoss, de la FSU et de la CGT a, à l'issue de la manifestation, été reçue en préfecture. Il a ainsi été demandé comme dans la pétition IUFM l'abrogation du projet ministériel tel qu'il est envisagé et une ouverture des négociations. Affaire à suivre ! S.L.


 

S.L.