Confidences d'une ex-conseillère au Pôle emploi local ; la tête du « désemploi »

Publié le 08/03/2012
La radiation de Pôle emploi, elle se mérite. Il faut vraiment le vouloir selon cette ancienne conseillère de l'agence romarimontaine qui pointe du doigt ces demandeurs d'emploi qui cherchent à... ne rien faire.
Confidences d'une ex-conseillère au Pôle emploi local ; la tête du « désemploi »
Confidences d'une ex-conseillère au Pôle emploi local ; la tête du « désemploi »
La radiation de Pôle emploi, elle se mérite. Il faut vraiment le vouloir selon cette ancienne conseillère de l'agence romarimontaine qui pointe du doigt ces demandeurs d'emploi qui cherchent à... ne rien faire.

© Vosges Matin, Jeudi le 08 Mars 2012 / Remiremont

Conseillers et conseillères du Pôle emploi font avec les moyens du bord pour recevoir tous les demandeurs d'emploi.

Suite à l'article paru dans nos colonnes le mercredi 22 février dernier et titré « Une machinerie à radier les chômeurs », une ancienne conseillère de l'agence romarimontaine du Pôle emploi, Sylvie*, a souhaité apporter son témoignage. Elle n'a pas supporté « la victimisation des chômeurs » que le reportage tente, selon elle, d'établir. Elle a une toute autre version, elle qui laisse chaque jour sur son nouveau bureau sa foi et son énergie de l'espoir pour conduire ses petits « protégés » jusqu'à un travail. Elle lutte contre cet assistanat qui conforte une certaine bonne tranche. « Il n'y a pas tant de gens que ça qui sont à la recherche d'un emploi. Ceux-là ne veulent pas bosser, ils préfèrent ne rien faire et toucher leur allocation. S'ils n'ont pas envie de travailler, qu'ils ne s'inscrivent pas au Pôle emploi, ils ne peuvent pas avoir le beurre et l'argent du beurre », peste Sylvie, qui leur mettrait bien un coup de pied au derrière. « Je me rends compte que des candidats, même ceux qui touchent des minimas sociaux, sont positionnés pour un emploi qui correspond à leur profil, à leurs compétences, mais ils ne prennent pas contact avec les employeurs, c'est révélateur de cette non-motivation. »

Alors, quand des radiations sont, soit disant, dénoncées à tour de bras, elle ne peut s'empêcher d'ouvrir sa bouche. Elle en veut à la CFDT qu'elle taxe de verbiage. « À cause d'elle, on se fait passer pour les méchants, les vilains, qu'on fait preuve de sévérité, qu'on est trop laxiste vis-à-vis de certains motifs de radiation », accuse Sylvie. Elle n'élimine pas un nom dans un fichier en un coup de crayon. « On ne radie pas les gens d'emblée, sur un coup de tête, en un claquement de doigt, on n'est pas dans une systématisation de la radiation. Il y a des procédures très réglementées où les demandeurs d'emploi peuvent s'expliquer », assène cette conseillère, qui ne fait pas pour autant de quartier quand le motif invoqué dépasse l'entendement. « La moindre des choses, c'est de venir aux rendez-vous avec Pôle emploi. Ils connaissent le risque car ils ont forcément signé des droits, des obligations, ils se sont engagés à les tenir. Ce n'est pas normal qu'un chômeur de longue durée, surtout s'il touche une allocation, puisse refuser de suivre une action collective, un forum dans nos locaux, d'être aidé à faire le point sur ses recherches », pense-t-elle fortement.

« Ça m'énerve ! »

Elle sait détecter le bon baratineur, tant le motif est alambiqué et sans preuve. Le coup de la panne, elle connaît. « Pour une voiture qui ne démarre plus, c'est très facile de fournir un justificatif, comme la facture du garagiste. Et si la réparation est faite par la personne en question, elle va forcément devoir acheter des pièces mécaniques », détaille Sylvie, abreuvée aussi de rendez-vous médicaux fictifs, de frais de garde d'enfants, d'essence insurmontables pas toujours valables. Elle a vraiment un mal fou à comprendre ces demandeurs d'emploi sans scrupule qui jouent au chat et à la souris, au lieu de se comporter comme un renard des surfaces, opportuniste. « Quand deux sur dix répondent à un poste en CDI, c'est le bout du monde. »

Un constat de plus en plus amer pour cette femme qui s'accroche malgré tout à sa mission qu'elle aime, avec force. « Je suis de ceux qui ne lâchent pas l'affaire, j'en fais une question de principe car ça m'énerve ! », ressent-elle.

Elle respire un peu quand, en face d'elle, des demandeurs d'emploi de son propre porte-feuille ont retrouvé un second souffle. Ils ont décroché le fameux sésame : une fiche de paie. Un billet pour l'avenir. Et les places sont chères dans l'avion. « Le marché dans ce contexte de crise est tendu, on a moins d'offres, donc pas le potentiel pour répondre à tous les profils. » Ni à voir les chômeurs tous les mois. Un suivi irréaliste, selon elle. Elle voit clair.

Estelle LEMERLE-COHEN