Conflit à la Maison de Remoncourt

Publié le 27/04/2012
Une grande partie du personnel de la Maison d'enfants de Remoncourt affiche sa position au regard des tensions existantes au sein de l'établissement. La majorité des salariés veut conserver le directeur actuel.
Conflit à la Maison de Remoncourt
Conflit à la Maison de Remoncourt
Une grande partie du personnel de la Maison d'enfants de Remoncourt affiche sa position au regard des tensions existantes au sein de l'établissement. La majorité des salariés veut conserver le directeur actuel.

© Vosges Matin, Vendredi le 27 Avril 2012 / Vosges / Remoncourt

Tendu, ulcéré, frustré, en colère... Les adjectifs sont pléthores pour définir les sentiments par lesquels passe une grande... très grande partie du personnel de la Maison d'enfants de Remoncourt, une structure à caractère social accueillant 36 enfants.

Des bisbilles avec la direction ? Le président de l'ADPEP (association départementale des pupilles de l'enseignement public) qui leur met la pression ? Il ne s'agit pas de tout cela. En vérité, la majorité des salariés est remontée contre Eric Valtot, éducateur au sein de l'établissement mais également délégué syndical CFDT.

La semaine dernière, ce même délégué dénonçait dans nos colonnes des initiatives du directeur de l'établissement, Antoine Garcia, qui pourraient être assimilées à de l'incitation à la violence envers les enfants. Eric Valtot parlait également de « sanctions et placardisations pour d'autres syndiqués CFDT » qui travaillent à la Maison de Remoncourt.

Suite à la parution de cet article jeudi dernier, le directeur a suspendu de ses fonctions le délégué, jusqu'à nouvel ordre. « J'ai craint des mesures de représailles à son encontre car certains employés ont des griefs contre lui », avait déclaré le directeur pour justifier sa décision.

La direction exagère-t-elle ? « Pas du tout », rétorque une vingtaine d'employés de l'établissement. Les salariés semblent même être majoritairement derrière Antoine Garcia, d'autant plus qu'ils ne comprennent pas l'attitude d'Eric Valtot : « Cela fait un an et demi que les tensions vont crescendo avec ce délégué syndical. On a observé des tentatives de manipulation de sa part », affirme Laite Hani, éducateur spécialisé et syndiqué CGT. Rachel Merlin, maîtresse de maison, prend le relais : « On a peur de tenir certains propos devant lui car il va les déformer. Il dramatise tout ! »

« Pris en otages »

Certains pourraient penser qu'il s'agit de lutte de pouvoir entre syndicats. Sauf que Nora Huguet, maîtresse de maison et éducatrice dans la structure, fait tomber les suspicions : « Je suis déléguée du personnel et membre de la CFDT. Je n'étais jamais au courant des coups de flèches de M. Valtot. Il me tenait informée du strict minimum. Je me sentais mise à l'écart ! »

Outre des éducateurs et maîtresses de maison, d'autres professions affichent clairement leur ras-le-bol sur les initiatives du délégué CFDT. Chefs de service, secrétaire, agent hôtelier... tous s'accordent à dire qu'il serait allé trop loin. Même l'institutrice, Emilie Tivenot, a dû rendre des comptes à l'éducation nationale alors qu'à ses yeux, tout se passe bien dans l'établissement et que les problèmes de maltraitance seraient complètement infondés.

Pour une grande partie du personnel, il s'agit d'un problème entre le directeur et le délégué syndical. « Nous sommes pris en otages dans cette affaire », déclare Laïte Hani. Ceci dit, la majeure partie des employés a fait son choix : « Cela fait 6-7 ans qu'Antoine Garcia assume son rôle de directeur. Il a mis les moyens et les outils à la disposition des salariés. Les partenaires nous font à nouveau confiance. Notre établissement est devenu un modèle . On veut garder notre directeur », déclare Frédéric Merlin, éducateur technique spécialisé.

« Nous ne défendons pas le patron mais notre intégrité et notre morale. On ne laissera jamais personne entacher notre métier. Mais en salissant le directeur, il nous salit », ajoute Laite Hani.

Dans ce contexte, Charles Heussner, le président de l'ADPEP, a reçu un courrier émanant du personnel de la Maison d'enfants. Dans cette lettre, 90 % des salariés affirment ne pas se reconnaître dans les démarches d'Eric Valtot. L'initiative va encore plus loin puisque 22 des 40 employés de la structure demandent à ne plus travailler avec le délégué CFDT.

« On demande clairement à être protégé de cet homme. Et nous attendons également des excuses de la part de la CFDT », lance Laite Hani.

Seront-ils entendus ? La question est sans doute prématurée. L'heure est à la réflexion du côté de l'ADPEP...

Sergio DE GOUVEIA