Cour d'assises : Sursis pour le patron anti-syndicaliste

Publié le 30/06/2011
Malgré son âge avancé et ses dénégations, l'ex-patron de la société vosgienne de téléphone a été condamné, hier, pour une vieille affaire de harcèlement syndical.
Cour d'assises : Sursis pour le patron anti-syndicaliste
Cour d'assises : Sursis pour le patron anti-syndicaliste
Malgré son âge avancé et ses dénégations, l'ex-patron de la société vosgienne de téléphone a été condamné, hier, pour une vieille affaire de harcèlement syndical.

© Vosges Matin, Mardi le 28 Juin 2011 / Vosges

Durant les trois jours de procès, Henri Nazzi et son avocat Me Giuranna se sont battus pour obtenir un acquittement.

«J'ai tout perdu dans cette affaire. Je me considère plus comme une victime que comme un coupable ». Henri Nazzi maîtrise à merveille l'art d'inverser les rôles et de brouiller les cartes. Malgré ses soixante-douze ans, il a l'agilité d'esprit d'un jeune homme. Il a aussi de l'intelligence, de la culture et de l'ironie à revendre. Sans oublier un bagout a toute épreuve, lui permettant de briller en société comme de vendre des frigos à des Esquimaux.

Venu de Valence, le septuagénaire a utilisé sa prestance et sa faconde méridionale pour livrer, hier, un extraordinaire numéro de one-man-show à la barre de la cour d'assises d'Epinal. Il est resté en scène durant deux heures et demi. Bombardé de questions, il a fusillé de son regard bleu tous ses adversaires et a résisté à toutes les attaques. A l'écouter, c'est bien simple, la victime, c'est lui.

L'anguille et le serpent

Ancien patron de la Société vosgienne de téléphone (SVT) basée à Pouxeux et en Meurthe-et-Moselle, il est pourtant accusé par un représentant de la CFDT d'être un « parrain » ayant mis en place « un système mafieux ». L'ex-entrepreneur conteste et se présente comme un patron paternaliste qui a monté ses sociétés à la force du poignet et qui aimait ses salariés « comme ses enfants ».

« Mais dans sa famille comme dans ses entreprises, il ne fait pas bon être un enfant rebelle », précise le substitut du procureur, Jean Richert. L'affaire qui vaut au septuagénaire d'être jugé a en effet démarré il y a plus de quinze ans, en 1995, lorsque trois employés de la SVT se sont « rebellés » contre son autorité et se sont syndiqués à la CFDT puis ont réclamé l'élection de délégués du personnel.

Le trio a alors subi un invraisemblable harcèlement : pneus crevés, voitures sabotées, vol d'effets personnels, coups de fils malveillant, dégradations. Cela aurait été jusqu'à une tentative d'assassinat. Cela s'est déroulé le 14 novembre 1995, à Salon-de-Provence. Deux individus cagoulés ont tiré sur le mobile-home où dormaient deux des syndicalistes qui étaient en déplacement professionnel.

Henri Nazzi soutient n'y être pour rien. De façon générale, il nie tous les faits qui lui sont reprochés. Lorsque le président des assises, Michel Iogna-Prat, tente de le piéger et lui pose des questions embarrassantes, il utilise la stratégie de l'anguille. C'est-à-dire qu'il se débat dans tous les sens, noie le magistrat sous un flot de paroles et part dans d'habiles digressions pour passer entre les mailles du filet.

Lorsque l'avocat de la CFDT, Me Gérard Welzer, se met à son tour à titiller l'accusé, ce dernier change de tactique et adopte celle, plus offensive, du serpent. Qui s'y frotte, s'y pique. « Vous avez vraiment l'esprit tortueux ! C'est normal vous êtes avocat ! », jette-t-il. Me Welzer lui rend la pareille dans sa plaidoirie : « Monsieur Nazzi est intelligent et... pas tout le temps antipathique. Même s'il a fait vivre l'enfer aux victimes».

«Un autodidacte devenu autocrate»

Le substitut du procureur, Jean Richert, décrit, lui, l'accusé comme un entrepreneur « autodidacte qui est devenu un autocrate et qui ne supportait pas que quiconque puisse s'immiscer dans le fonctionnement de ses entreprises ». Le représentant du Ministère Public estime toutefois qu'il n'est pas possible de lui mettre sur le dos tous les crimes et délits qui figurent sur l'acte d'accusation. Selon Jean Richert, la culpabilité du patron peut être prouvée seulement pour trois infractions sur la douzaine pour lesquelles il est jugé.

D'une part, son relevé de téléphone montrerait qu'il a donné des coups de fil malveillants. D'autre part, il a recelé des objets volés à un salarié et retrouvés lors d'une perquisition chez lui. Enfin, il a avoué en garde à vue avoir fait brûler une voiture devant le domicile d'un des syndiqués à Gérardmer. Compte tenu de l'ancienneté des faits et de l'âge de l'accusé, le substitut requiert 5 ans de prison mais entièrement avec sursis. L'avocat de la défense, Me Stéphane Giuranna, se démène lui pour obtenir un acquittement total. « Mon client s'appelle Nazzi, c'est un beau nom de coupable. Mais il ne faut pas se fier aux apparences. Il ne faut pas croire sur parole le ministère public et les victimes. Il ne faut pas juger au pifomètre. Il faut des preuves. Or il n'y en a pas », s'enflamme Me Giuranna qui tente de semer le doute dans l'esprit des jurés.

Finalement après 3 heures de délibérations, la cour d'assises a acquitté Henri Nazzi de la tentative d'assassinat de Salon-de-Provence et de plusieurs petits délits. Il a en revanche été condamné pour des appels malveillants, le recel d'objets volés et la voiture brûlée à Gérardmder. Verdict : 2 ans avec sursis. Soit nettement moins que les 6 ans ferme dont il avait écopé en décembre 2009 lors d'un premier procès. Procès qui s'était déroulé en son absence. Ce qui change tout.

Christophe GOBIN