Cour d'assises : un patron anti-syndicalistes face aux jurés

Publié le 23/06/2011
Condamné par défaut à 6 ans de prison, un patron qui a harcelé trois salariés syndiqués il y a 15 ans, sera rejugé à partir d'aujourd'hui par la Cour d'assises d'Epinal.
Cour d'assises : un patron anti-syndicalistes face aux jurés
Cour d'assises : un patron anti-syndicalistes face aux jurés
Condamné par défaut à 6 ans de prison, un patron qui a harcelé trois salariés syndiqués il y a 15 ans, sera rejugé à partir d'aujourd'hui par la Cour d'assises d'Epinal.

© Vosges Matin, Jeudi le 23 Juin 2011 / Vosges

 

Jeudi et vendredi, la Cour d'assises d'Epinal va devoir se pencher sur le cas de l'ancien PDG de la Société vosgienne de téléphone, une entreprise implantée à Manoncourt-sur-Seille (54) et à Pouxeux. Ce procès s'annonce d'ores et déjà comme exceptionnel.

Car l'ancien patron n'est pas un accusé comme les autres. Il a un âge improbable pour se retrouver devant des jurés : 72 ans. Il porte un nom invraisemblable : Henri Nazzi. Il a également une personnalité hors norme. Il est à la fois intelligent, charismatique et dangereux, si l'on en croit ceux qui l'ont côtoyé dans sa vie privée ou professionnelle.

Enfin, et surtout, les faits qui lui sont reprochés sont totalement rocambolesques. Ils remontent à la nuit des temps. C'est en effet en 1995 que l'ancien dirigeant de la Société vosgienne de téléphone est censé avoir harcelé trois de ses salariés qui ont voulu se syndiquer à la CFDT. Le patron leur aurait littéralement pourri la vie avec toutes sortes de manoeuvres d'intimidations allant des coups de fil malveillants jusqu'au sabotage de voitures en passant par des menaces ou vols d'effets personnels.

Tentative d'assassinat

Si Henri Nazzi est devant la Cour d'assises et non devant un tribunal correctionnel, c'est parce qu'il aurait été jusqu'à commanditer une tentative d'assassinat contre les salariés syndiqués. Cela se serait déroulé lors d'un déplacement professionnel à Salon-de-Provence en novembre 1995. Deux des trois employés CFDT se sont fait tirer dessus alors qu'ils dormaient dans un mobil-home. Les victimes s'en sont sorties indemnes et persuadées que leur patron avait voulu leur faire la peau.

Ce que ce dernier a toujours nié. Convoqué une première fois devant la Cour d'assises d'Epinal en décembre 2009, Henri Nazzi s'est abrité derrière une maladie plus ou moins diplomatique pour ne pas se présenter à la barre. Il a donc été jugé par défaut.

Faute de preuve matérielle, il a été acquitté pour la tentative d'assassinat. Mais il a été reconnu coupable d'avoir harcelé ses salariés syndiqués et notamment d'avoir fait brûler un véhicule devant le domicile de l'un d'entre eux à Gérardmer. Pour cela, il a été condamné à 6 ans de prison.

Deux individus qu'il a recrutés comme hommes de main et qui ont commis divers délits pour son compte, ont également été jugés.

Domicilié à Valence, l'un d'eux est venu dans les Vosges pour assister au procès au cours duquel il a reconnu avoir incendié la voiture à Gérardmer sur ordre du patron anti-syndicalistes. Il a été condamné à 2 ans de prison avec sursis. Le deuxième homme de main, Goran Jeremic, un Serbe de 34 ans, n'était pas présent à la barre. Cela n'a pas empêché les jurés de lui infliger 3 ans de prison ferme.

Le Serbe et son « boss » Henri Nazzi ont fait l'objet d'un mandat d'arrêt. Si le premier est introuvable et vraisemblablement en cavale en Serbie, le second a en revanche été arrêté chez lui, dans le sud de la France, durant les semaines qui ont suivi le verdict. L'ex patron de la Société vosgienne de téléphone a été écroué dans un premier temps avant d'être remis en liberté.

Comme il n'était pas présent lors de son premier procès, il a droit à une deuxième chance judiciaire à partir de jeudi. Il sera défendu par Me Stéphane Giuranna. Ses anciens salariés syndiqués seront eux représentés par Me Jean-Loup Roussel.

C.G.