Des licenciements à temps plein

Publié le 05/10/2012
Les licenciements sont la cause principale des souffrances des populations exposées au chômageet abandonnées à leur sort, selon l'union locale CFDT. Michel Gravier agit au quotidien.
Des licenciements à temps plein
Des licenciements à temps plein
Les licenciements sont la cause principale des souffrances des populations exposées au chômageet abandonnées à leur sort, selon l'union locale CFDT. Michel Gravier agit au quotidien.

© Vosges Matin, Vendredi le 05 Octobre 2012 / Remiremont

Michel Gravier, responsable juridique de l'union locale CFDT de Remiremont, se rend régulièrement au conseil des prud'hommes pour défendre des dossiers. (Photo d'archives)

Les rentrées sociales passent et s'aggravent, selon l'union locale CFDT de Remiremont. « On constate une situation qui se dégrade toujours davantage socialement et économiquement », déplore le responsable juridique Michel Gravier. Éviter les licenciements, la cause principale du mal, lui redonnerait le sourire. Mais lui et son équipe se sentent trop à l'étroit dans leurs petits habits de syndicalistes de terrain... Michel Gravier revient sur la situation des derniers mois, avec toujours la boule au ventre et sa liberté de langage.

Michel Gravier, constatez-vous encore ces derniers mois une dégradation importante de l'emploi sur le secteur des Hautes-Vosges ?

« À côté des licenciements économiques qui ont marqué la fin de l'année 2011 et l'année 2012, FTS, Gerbois, Ouest Répartition pharmaceutiques, les menaces sur l'avenir de la Cimest et TRW, il faut ajouter une quantité importante de licenciements dans de nombreuses entreprises du secteur qui ont essentiellement une cause économique, même s'il est recouru souvent à des procédés douteux pour supprimer des emplois : démissions forcées, rupture conventionnelle ou licenciement qualifié de « disciplinaire ». Les petits ruisseaux de licenciements finissent par faire une grande rivière de suppressions d'emplois. Nos estimations, forcément partielles, arrivent à plus de cent emplois ainsi perdus sur les quatre cantons des Hautes-Vosges. »

Agissez-vous toujours autant aux côtés des chômeurs ?

« À l'autre bout de la chaîne, il nous a fallu intervenir de manière très forte sur l'accueil et la formation des chômeurs, leur radiation arbitraire, plusieurs procédures sont en cours devant le tribunal administratif. Le moins que l'on puisse dire est qu'à l'échelon local, nous arrivons quelques fois à trouver des interlocuteurs valables. En revanche, au niveau départemental, on n'a ni explications ni écoute. Pourtant, notre permanence FACE en relation avec la région Lorraine nous fait recevoir de nombreux chômeurs qui se plaignent de l'incohérence de décisions à leur encontre ou encore de formations et de stages « bidons » qui ne servent à rien, sinon à les humilier, les culpabiliser ou encore mettre de la main-d'oeuvre gratuite au service d'employeurs peu scrupuleux. »

N'est-ce pas de l'acharnement envers cet organisme ?

« Nous n'avons pas le droit de censurer l'expression de ces chômeurs et continuerons à faire notre devoir de syndicaliste quoiqu'on dise ou fasse ! »

L'allongement de la vie active par un départ plus tardif en retraite a-t-il des conséquences ?

« Il a renforcé le chômage des seniors et des jeunes. De plus, les montants de pensions en retraite avec le recul du pouvoir d'achat obligent nombre de seniors à reprendre une activité au détriment de l'emploi. »

Mais la retraite peut être prise plus tôt...

« Oui, mais qu'en est-il de tous ces chômeurs âgés qui se retrouvent avec seulement une allocation de solidarité spécifique pour vivre ? »

La pauvreté s'est-elle installée dans les Hautes-Vosges ?

« Nous en voyons les conséquences au jour le jour, nous essayons d'en cerner les causes, la principale étant le chômage. Mais les autres sont moins identifiables, ayant cependant des effets visibles : coût du loyer, du chauffage, difficultés d'accéder à des prestations sociales. Heureusement que les Restos du coeur et autres organisations caritatives font un travail admirable sur le secteur. Dans notre activité bénévole, il y a quelque chose de frustrant et même d'angoissant pour l'avenir car nous sommes débordés et nous n'arrivons plus à faire face aux demandes de nos concitoyens. »

Avez-vous de plus en plus un rôle social à jouer ?

« Nous débordons de notre rôle de syndicaliste, faute de réponses institutionnelles face à l'ampleur des problèmes sociétaux engendrés par la crise et les restrictions budgétaires. Les licenciements ont souvent des conséquences dramatiques et nous sommes hélas aux premières loges pour les mesurer. »

Le harcèlement moral, que vous dénoncez, trouve-t-il un meilleur écho auprès des pouvoirs publics ?

« Le harcèlement moral a pris une ampleur plus que préoccupante liée à la crise de l'emploi, c'est devenu un moyen très élaboré de se débarrasser de salariés les plus vulnérables ou les moins dociles. Dans notre combat au quotidien contre le harcèlement moral, nous obtenons quelques succès, mais nous déplorons le peu de soutien des pouvoirs publics aux salariés victimes de sévices moraux. La première phase du harcèlement tend vers un isolement du persécuté afin qu'il ne trouve pas d'appui et se culpabilise. »

Y a-t-il un problème de prévention ?

« Au-delà des considérations morales, ce harcèlement coûte cher à la collectivité, en particulier à l'assurance-maladie, en médicaments, en arrêts de travail. Le coût social et humain du harcèlement moral est énorme mais aucun effort n'est entrepris pour la prévention. La passivité de ceux qui devraient agir conforte les harceleurs, de même l'omertà qui entoure les faits de souffrances au travail, que ceux-ci soient générés par des sévices moraux et physiques. »

La maladie professionnelle est-elle difficile à faire reconnaître ?

« Il est de plus en plus difficile de la faire reconnaître, et même les accidents du travail. Il y a de plus en plus d'obstacles afin de retarder les procédures. Nous constatons également de plus en plus d'incohérences dans ses décisions, dues à un cloisonnement des services et une volonté manifeste de léser les salariés victimes de conditions de travail anormales. Nous avons été obligés de mettre en oeuvre des procédures devant le tribunal des affaires de sécurité sociale pour que les droits des salariés soient reconnus. »

Les services publics ne sont-ils pas victimes d'une baisse des effectifs ?

« La moindre efficience se fait sentir sur le quotidien des salariés, la qualité de l'accueil est détériorée tout en s'éloignant de l'usager, les moyens informatiques ne remplacent pas toujours l'accueil d'une personne compétente. Est-il encore possible pour des agents de libérer du temps pour simplement écouter les personnes et les aider dans leurs démarches ? Et la disparition de la justice de proximité sur Remiremont et la mise en place d'une taxe sur le justiciable (même aux prud'hommes) ont contribué à éloigner la justice du justiciable et à plomber les délais. »

Propos recueillis parEstelle LEMERLE-COHEN