Justice : les surveillants de prison en colère

Publié le 16/11/2010 (mis à jour le 17/11/2010)
Livraisons bloquées, intervenants extérieurs refoulés, les surveillants de la maison d'arrêt d'Épinal ont montré hier matin, dès l'aube et sous la pluie, qu'ils étaient bien décidés à ne plus rien laisser passer. Au propre comme au figuré.
Justice : les surveillants de prison en colère
Justice : les surveillants de prison en colère
Livraisons bloquées, intervenants extérieurs refoulés, les surveillants de la maison d'arrêt d'Épinal ont montré hier matin, dès l'aube et sous la pluie, qu'ils étaient bien décidés à ne plus rien laisser passer. Au propre comme au figuré.

Vosges Matin, Mardi le 16 Novembre 2010 / Vosges 

 

Huit surveillants de la maison d'arrêt d'Épinal ont répondu à l'appel national des syndicats pour réclamer plus de moyens pour leur administration. (Photo Patrick GLESS)

A Épinal comme partout en France, des fonctionnaires de l'administration pénitentiaire ont donc répondu à l'appel national des syndicats (FO, CGT, CFDT et FSU) à se rassembler devant les prisons pour réclamer des moyens supplémentaires.

Car si le budget de la Justice pour 2011 est l'un des rares à augmenter et à bénéficier au plan national de création d'emploi, il manque, selon l'entente syndicale, près de 4 000 fonctionnaires pour faire tourner la boutique de manière satisfaisante.

Dans les Vosges, « On est juste », reconnaissent Denis Erbrech, représentant CGT et Ghislain Demurger de la CFDT, tous les deux rassemblés avec six autres surveillants devant les banderoles installées devant les portes de la seule prison du département.

Actuellement, la maison d'arrêt d'Épinal compte une centaine de surveillants pour près de 250 détenus, dont 17 femmes. Ce qui donne, compte tenu des jours de repos et des roulements : « 14 surveillants présents le matin, 14 l'après-midi et 9 la nuit », indique le représentant CGT.

C'est juste. Mais cela risque de l'être encore plus dès l'an prochain. Pourquoi ? Parce que le gouvernement a décidé de confier les transfèrements des détenus, qui sont aujourd'hui réalisés par les gendarmes et les policiers, aux fonctionnaires de la pénitentiaire. Le tout sans création de poste. Les effectifs nécessaires pour constituer les escortes risquent donc d'être prélevés sur ceux qui sont chargés d'assurer la sécurité à l'intérieur de la prison.

« En plus ce n'est pas le même métier ! On ne sait pas si on sera armé, et puis nous ne sommes pas formés au maintien de l'ordre ! Je me vois mal sortir mon pétard aux urgences pour empêcher l'évasion d'un détenu hospitalisé », grogne Denis Erbrech.

Profession fantôme

« Il est même envisagé de fermer un mirador, ce qui permettrait de dégager sept surveillants pour les transfèrements. Mais même là, ce ne sera pas assez pour assurer les deux ou trois transferts quotidiens », dénoncent les représentants syndicaux. « A la place des surveillants, dans le mirador, il est envisagé de mettre une surveillance vidéo avec un système de tir avec un joystick ! », s'inquiètent les surveillants.

Autre motif de grogne, récurant celui-là, le manque de considération dont souffrent les agents de l'administration pénitentiaire. « Lorsqu'on parle d'agressions sur les représentants de l'autorité, on nous oublie toujours. Pourtant, les agressions, c'est notre quotidien. Pour le gouvernement, on est une profession fantôme ! ».

Raison pour laquelle ils ont décidé de venir hanter régulièrement le débat politique dans les semaines à venir.

Alix ENGLINGER