L'Ehpad de Remiremont sur écoute ( ER, VM - Lorraine / Me. 12 Septembre 2018 )

Publié le 12/09/2018

La découverte de deux dictaphones cachés en haut d'armoires de l'établissement d'hébergement pour personnes âges (Ehpad) a précipité le dépôt de dix-neuf plaintes du personnel.

 

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Créée en 1962, la maison de retraite, devenue Ehpad en 2008, emploie 40 salariés. 
 

Elles remercient presque la providence d'avoir découvert deux dictaphones. Elles ont décidé de porter plainte depuis leur découverte sur leur lieu de travail, à l'Accueil, un établissement d'hébergement pour personnes âgées (Ehpad) à Remiremont. Le coup de grâce pour la moitié du personnel, soit dix-neuf salariées, qui dénonçaient depuis plusieurs années leurs conditions de travail et des rémunérations qui laissent parfois à désirer dans cette institution qui s'occupe du président Christian Poncelet.

C'est au-dessus des armoires de la salle de pause avec vestiaires et de la salle de soins que les enregistreurs ont été retrouvés par hasard, « en faisant le ménage », glisse une salariée. Elle et l'ensemble de ses collègues ont rencontré en direct leur avocate, Catherine Faivre, ce mardi soir. « Ces dictaphones ont une grosse capacité d'enregistrement », précise-t-elle. Leur écoute a déjà commencé. « Elle les mettait même dans sa poche, on entend que ça froisse », déclarent les plaignantes. Elles en veulent à l'ancienne directrice, qui a fini par démissionner. Cette atteinte à l'intimité de la vie privée par captation, enregistrement, transmission des paroles d'une personne glace Patricia Hacquard, secrétaire générale de la CFDT santé sociaux, partie prenante dans la procédure. « Je n'ai jamais vu ça. » « C'est inédit », appuie un peu plus l'avocate, qui prépare un dossier pour le procureur de la République.

« On a l'impression d'être espionné en permanence »
 

Ces dictaphones auraient été posés à l'aube d'élections des délégués du personnel, une nouveauté dans l'établissement. « On a l'impression d'être espionné en permanence, d'être fliqué », intervient une salariée. Un ressenti partagé. « L'union fait la force », insiste l'avocate, pour qui il est temps de tirer la sonnette d'alarme. « Les problèmes juridiques et structurels sont identifiés. Il faut solder le passif », conseille Catherine Faivre et imaginer une suite à donner, comme rencontrer la direction, quelle espère « ouverte » dans l'optique en partie d'une mise à plat des salaires. « Des heures supplémentaires, complémentaires n'ont pas été réglées », rappelle l'avocate, pas épargnée par des témoignages de mauvaises conditions de travail. « Il ne faut pas aller aux rendez-vous seule », prévient-elle. Elle veut garder ce groupe soudé, une ligne d'attaque qui peut porter ses fruits.

La situation s'est envenimée à partir d'avril dernier, la découverte de ces enregistreurs a fait naître une prise de conscience, d'après ces salariées, qui gardent à l'esprit une pensée émue pour les 80 résidents.