Notre rubrique portrait - Simon Leclerc : le « petit Sarkozy » a grandi

Publié le 09/11/2010
Le maire de Neufchâteau, 31 ans, vient d'abandonner la présidence des jeunes de l'UMP. Le fan de Sarkozy qu'il était en 2008 a fait du chemin.
Notre rubrique portrait - Simon Leclerc : le « petit Sarkozy » a grandi
Notre rubrique portrait - Simon Leclerc : le « petit Sarkozy » a grandi
Le maire de Neufchâteau, 31 ans, vient d'abandonner la présidence des jeunes de l'UMP. Le fan de Sarkozy qu'il était en 2008 a fait du chemin.

Vosges Matin, Mardi le 09 Novembre 2010 / Vosges

 

L'exercice du pouvoir oblige Simon Leclerc à plus de consensus.

Simon Leclerc, 31 ans, (au fond avec l'écharpe tricolore) avait été élu maire de Neufchâteau à la surprise générale, en 2008. Il a marché dans le sillon de Sarkozy depuis sa prime jeunesse. (Archives)

Neufchâteau

M. le maire a 31 ans, un costume, une grosse montre et une carte à l'UMP. « Un clone de Sarkozy », critique son opposition. Devenu maire à l'âge où le Président a conquis la mairie de Neuilly, Simon Leclerc n'a pu échapper à la comparaison : « Je n'ai jamais caché mon appartenance, mais je n'ai pas à la mettre en avant. » « Il veut être le maire de tous les Néocastriens », insiste sa première adjointe, Claudine Claudot. La vague bleue de 2007 l'a aidé à se démarquer du baron Jacques Drapier, maire PS de 1989 à 2008. L'exercice quotidien des responsabilités l'incite désormais à davantage de consensus.

Le « Sarkozysme » déclinant, aussi. N'empêche, la photo du Président et Simon échangeant une poignée de main à l'Elysée figure en bonne place sur un mur du grand bureau. Souvenir de fan plus que de premier magistrat.

L'élection de ce fils d'agriculteur et d'une mère monitrice-éducatrice avait constitué un petit événement dans la galaxie UMP. Neufchâteau n'est certes qu'une sous-préfecture de 7 000 habitants, mais Jacques Drapier est « un monument du paysage politique vosgien », rappelle Arnaud Cossin, blogueur engagé à l'UMP et « ami personnel » du nouveau maire néocastrien. Les deux hommes ont fait connaissance pendant la campagne présidentielle de 2007. Lui et Leclerc courant dans les rues de Vittel, affublés du tee-shirt « Ensemble tout devient possible ». Trois mois avant les municipales, l'ami Arnaud lui donnait « peu de chances de gagner. » Au premier tour, Leclerc l'a emporté avec 40 voix d'avance.

Pas loin d'être le plus beau jour de sa vie, ce dimanche 9 mars 2008. Mais « pas le plus beau. » Il n'en a pas, de plus beau. Pas encore. Trop jeune, dit-il. Deux ans après, la photo de lui porté en triomphe par des copains fige toujours son profil sur Facebook.

Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts du Mouzon. Les déjeuners au resto ont épaissi les joues, la mèche rebelle de ces derniers mois a disparu. Le banquier qu'il était à la Banque Populaire de Nancy a changé de rythme. En disponibilité pour six ans, il habite toujours un appartement donnant sur une place de la vieille-ville. Le temps qu'il ne passe plus sur la route, Simon Leclerc le passe à la mairie.

Face à la réalité

Sa Mégane trois portes de célibataire y est garée tous les jours « vers 8 h 30 » et n'en repart que le soir à la même heure, dit-il. Parents et amis ne le voient guère. « Je ne m'accorde qu'une demi-journée de repos par semaine et travaille à la mairie le dimanche matin. » « Quand il vient manger avec ses frère et soeur, il quitte souvent la table avant le dessert », raconte Irène, la maman. « Une mi-temps au foot, une mi-temps au rugby », résume le fiston.

Sa mère lui repasse encore ses chemises, « il vous a dit le contraire ? Il est gonflé ! » Mais Simon, qui n'a plus de clients à voir à la banque, abandonne régulièrement la cravate qui va avec. Quant à ces lunettes apparues dès le début du mandat, elles ne servent ni à le vieillir ni à faire sérieux, assure-t-il, juste à corriger une myopie. En tout cas, il voit de plus en clair pour la ville et l'agglo. « J'ai découvert une réalité que je ne soupçonnais pas. » Comme ce temps incompressible qui s'écoule entre le lancement d'un projet et l'inauguration, par exemple, d'une crèche municipale.

D'autres sont encore dans les tuyaux : la cure de jouvence du centre-ville, l'ouverture d'un bar-bowling, la construction d'un éco-quartier derrière l'hôpital. « Il a une grande ambition pour sa ville », assure la première adjointe. « Ce n'est pas le tout d'avoir des idées, encore faut-il les mettre en pratique », glisse le député UMP Jean-Jacques Gaultier.

Le maire tombe à une sale période. Il doit composer avec la crise, les déficits publics et l'Etat UMP qui rogne sur tout : « On ne peut pas tout faire dans l'instant, je compose avec la situation du pays, j'essaye de faire passer le message, mais j'ai parfois du mal à l'accepter. » Conséquence de la diète : tous les départs ne sont pas remplacés. Sans réaction pour l'instant de la jeune section CFDT dont la seule communication se résume à saluer la présence du maire à tous les comités techniques paritaires. Ce qui n'était pas le cas avant.

Benjamin des maires vosgiens n'est pas sa seule casquette. Leclerc préside, à une voix près, la communauté de communes. Il y retrouve Jacques Drapier. L'ancien maire, 65 ans, qui siège dans l'opposition municipale, n'a plus sa place au Pays de Neufchâteau. Mais le fondateur de l'interco continue d'en tirer des ficelles. Drapier sur celui qui pourrait être son fils : « Nos rapports sont cordiaux mais singulièrement faux. Un monde nous sépare. M. Leclerc ne conçoit la vie politique qu'avec des ennemis. La politique, ce ne sont pas les flingues tout le temps sortis. »

Peaux de bananes

Leclerc a du mal à inviter Drapier à « une bouffe », comme le souhaite son rival. Le nouveau président soupçonne l'ancien de lui envoyer des peaux de bananes à la communauté de communes.

« L'atmosphère est difficile, explique un vice-président sans étiquette. Avec la directrice qui est plutôt proche de Jacques Drapier, ils n'ont pas les mêmes vues. Avant, la directrice dirigeait et présidait. Drapier lui laissait une grande liberté. Alors que Simon veut être un président qui préside. Nous, les élus des villages, nous sommes pris entre deux feux. »

La proximité des élections des 20 et 27 mars 2011 ne va rien arranger. Simon Leclerc, dont la décision n'est « pas tout à fait prise », devrait retrouver Drapier, le sortant, sur la route du conseil général. Leclerc ne peut plus compter sur l'état de grâce des débuts, estompé. Envolé aussi, le lait derrière les oreilles.

Damien BESSOT