Ondes de choc - Gué Mozot : trois décennies de libre-pensée

Publié le 17/09/2011
Les radios libres fêtent cette année leurs trente ans d'existence. Dans les Vosges, la seule à avoir survécu est radio Gué Mozot ex-Trait d'union. Une radio engagée à l'image d'un de ses pionniers Raymond Claudel qui se souvient de ses débuts de pirates des ondes.
Ondes de choc - Gué Mozot : trois décennies de libre-pensée
Ondes de choc - Gué Mozot : trois décennies de libre-pensée
Les radios libres fêtent cette année leurs trente ans d'existence. Dans les Vosges, la seule à avoir survécu est radio Gué Mozot ex-Trait d'union. Une radio engagée à l'image d'un de ses pionniers Raymond Claudel qui se souvient de ses débuts de pirates des ondes.

© Vosges Matin, Samedi le 17 Septembre 2011 / Loisirs

Maurice Claudel, 72 ans et 30 ans de présence radiophonique engagée et passionnée, fier de voir la relève : Marion, 24 ans, la benjamine a fait ses débuts dans la matinale il y a peu.

Maurice Claudel a été l'un des pionniers à émettre des granges et des garages. (Ph.J.HUMBRECHT)

« Si je devais qualifier cette radio, je dirais sans hésiter que c'est la radio de la libre-pensée ! » Raymond Claudel est intarissable sur Radio Gué Mozot. Figure historique de cette structure associative, il a été l'un de ses fondateurs aux côtés de quelques-uns dont Stephen Pierrel, aujourd'hui décédé, le Dr Géhin... et une foule de passionnés comme Vincent Decombis, Jean-François Fleck, André Sidre... La libre-pensée, Raymond Claudel la pratique sans langue de bois. À commencer sur l'antenne avec ses émissions comme « Le chiffon rouge », qui fut longtemps un rendez-vous culte pour les militants syndicaux comme lui. Et qui s'est mué depuis en « La parole aux citoyens ».

Engagé à la CFDT, ce prof de collège en retraite rappelle que le fondement de Trait d'Union -c'était son nom au départ- vient des luttes syndicales. « C'était l'époque des grandes luttes textiles et des fermetures d'entreprises. Nous faisions le piquet de grève chez Ancel-Selt à Fresse-sur-Moselle quand des gens de radio Fessenheim (radio des trois provinces aujourd'hui) sont passés pour couvrir l'événement. Ils nous ont proposé de populariser la lutte en nous donnant un émetteur radio. » Radio Trait d'Union version pirate était née. « C'était une aventure fabuleuse et une époque incroyable. Nous changions sans cesse de lieu pour émettre avec notre petit matériel artisanal. C'était quand même réprimandé, on avait peur de voir notre matériel saisi. La première émission, nous l'avons faite dans ma maison du Thillot, dans la chambre de ma fille qui était étudiante. On causait, on poussait la chansonnette... »

Gâteaux à domicile

Ces pirates des ondes avaient une réelle soif d'expression et de liberté. « Nous étions dans le ravissement et dans l'exaltation la plus totale », s'amuse ce petit bonhomme au crâne dégarni et au regard pétillant. « Les syndicats nous appelaient, nous tenaient au courant. Nous avons été parfois les premiers à annoncer des plans sociaux. Les gens de la vallée de la Moselle se sentaient délaissés avec toutes ces fermetures d'usines ! » Clandestins pendant 4 mois, la radio finit par acquérir son statut officiel en mai 1981, quand François Mitterrand autorise les radios libres. « Nous étions le n° 5 » se remémore le doyen de la radio, 72 ans. Entre-temps la petite équipe s'était installée dans un garage de Fresse puis dans une grange de Rupt-sur-Moselle situé chemin du Gué Mozot. D'où son nom actuel.

Les souvenirs ne manquent pas à cette adresse notamment. « On avait une émission extra : « Le Frichti du mardi ». On faisait gagner un gâteau en direct fait par les animatrices dont ma femme Luce que nous amenions tout de suite après l'émission aux gagnants. C'était convivial et sympa. On avait aussi des auditeurs qui amenaient du vin, de la mirabelle tel Marcel et Jeanine, des habitués du « Disque à la demande ». On a même créé une émeute quand un animateur a dit que Claude Vanony était à l'antenne... Sans oublier les soirées débats houleuses avec José Bové et d'autres... »

Son acte de naissance en poche (en octobre 1981), la radio a un temps pris ses quartiers dans l'ex-cinéma de Rupt jusqu'en 1988. Date à laquelle, elle a dû faire face à quelques problèmes d'argent et déménager sur Saint-Étienne-lès-Remiremont en 1990. Le fonds de soutien à la création radiophonique et les subventions lui ont toutefois permis de faire face et aujourd'hui, elle compte deux salariés et émet 24 h/24 en totale indépendance. « Beaucoup sont partis quand il y a eu l'autorisation de la publicité mais nous n'avons jamais vendu notre âme et tenons à cette liberté ! », rappelle Raymond Claudel.

N'en déplaise, le noyau dur est resté et la relève est arrivée, toujours dans cette même ambiance familiale. Marion 24 ans, la benjamine peut en témoigner. Elle qui a fait ses débuts dans la matinale il y a peu, s'est prise de passion pour cette forme de communication. « Nous sommes contents d'avoir su faire perdurer cet état d'esprit », se réjouit Maurice Claudel devant la même charte qui n'a pas bouger depuis 3 décennies et reste le maître mot des animateurs : « Favoriser la communication entre les habitants, aider à la prise de conscience sur les problèmes du monde ou encore éveiller l'esprit critique... » Une radio libre et fédératrice pleine d'esprit et poil à gratter qui a sa place dans le paysage audiovisuel local.

Sabine LESUR