Opération vallée morte

Publié le 16/06/2012
Un millier de personnes ont défilé hier dans les Vosges pour défendre l'emploi dans la vallée de la Moselle.
Opération vallée morte
Opération vallée morte
Un millier de personnes ont défilé hier dans les Vosges pour défendre l'emploi dans la vallée de la Moselle.

© L'Est Républicain, Samedi le 16 Juin 2012 / Ouverture Région Lorraine 
 
Les salariés de Cimest, en grève aujourd'hui, ont reçu le soutien de toute la vallée de la Moselle. Leur sort se joue mardi matin devant le tribunal de commerce . Photo Philippe BRIQUELEUR

«C'est maintenant qu'il faut bouger ! 101 emplois menacés à la Cimest, 312 chez TRW ! Ne vous leurrez pas, après ce sera votre tour », scande au micro Christophe Thomas, secrétaire départemental de la CFDT, perché sur sa plate-forme. L'appel a visiblement été entendu. Hier matin, l'opération escargot menée entre le Thillot et Remiremont, sur l'ancienne RN66, a été un succès.

Plus d'un millier de personnes a pris part au cortège initié par deux syndicats (CGT et CFDT) pour défendre les salariés de l'entreprise Cimest qui fabrique des pièces plastiques pour l'automobile à Rupt-sur-Moselle. Le groupe Plastivaloire a en effet demandé le placement de sa filiale en redressement judiciaire devant la juridiction commerciale d'Épinal. Celle-ci doit se prononcer mardi matin. Or, sur son site internet, dans un communiqué s'adressant aux actionnaires, le groupe affirme « avoir multiplié son chiffre d'affaires par deux ».

« On a toute une vallée derrière nous »

Néanmoins pas de mine d'enterrement, hier matin, devant le site à Rupt-sur-Moselle. La quasi-totalité des salariés (101 au total) sont en grève. Pourtant leurs déguisements sont joyeux pour montrer « qu'ils représentent la vie de la vallée. » Ce qui n'empêche pas le sérieux de la journée. « On a toute une vallée derrière nous, on a reçu beaucoup de messages de soutien. Tout le monde se sent concerné », s'émeut Thierry Bardin, délégué syndical CGT et secrétaire du CE chez Cimest. À l'heure des remerciements, il n'oublie pas Stéphane Tramzal, maire de Rupt-sur-Moselle, qui a su rassembler en un temps record tous les maires de la vallée.

Quand le long cortège de plusieurs kilomètres arrive devant l'entreprise, un concert de klaxons et de sifflets se fait entendre. « On est tous là pour vous. Bravo les gars et que la bagarre continue. On reviendra si vous avez besoin », les encourage Christophe Thomas, secrétaire départemental de la CFDT.

Preuve que tous se sentent concernés, de nombreux salariés des entreprises de la vallée de la Moselle - mais pas uniquement - se sont joints à leur combat. TRW, autre sous-traitant automobile, qui a connu de grosses difficultés il y a deux ans, Jedo, Grupo Antolin, d'anciens Seb... Étienne, salarié de TRW depuis 26 ans, se souvient qu'il « a fait 21 ans de nuit car il y avait beaucoup de travail. Et que le site a connu jusqu'à 750 salariés. » Une époque désormais révolue.

« Aujourd'hui les gens se mobilisent pour la Cimest mais à travers nous, il ne faut pas oublier Jedo, Bihr... cette lutte servira pour tous les habitants de la vallée », assure Thierry Bardin, secrétaire du CE chez Cimest.

Symboliquement, le cortège fait arrêt devant plusieurs entreprises : Kohler à Ferdrupt, Grupo Antolin à Rupt et Semoflex à Vecoux. Le soutien est visible aussi au bord de la route ou chez les commerçants. Car dans la vallée, tout le monde connaît un parent ou un ami qui travaille dans ses entreprises secouées par la crise. Paulette, ex-salariée de Grupo Antolin, est venue encourager le cortège à Rupt. Son mari a travaillé chez Cimest, son fils y travaille. « Si ça ferme, qu'est-ce qu'il va devenir ? Comment retrouvera-t-il du travail par ici ? », s'inquiète-t-elle.

Myriam et Danièle, elles, travaillent actuellement chez Grupo Antolin. Elles souhaitent « vivement que la mobilisation change quelque chose et que ça alerte les politiques. On souhaite rester dans nos vallées. » Elles pensent que c'est encore possible.

Arrivés à Remiremont aux environs de 12 h 30, les manifestants se sont rassemblés devant le siège de l'UIMM (union des industries et des métiers de la métallurgie) où ils ont planté, symboliquement, l'arbre en métal des métiers. Juste avant de déguster une petite collation, offerte par les communes. Un défilé dans les rues de Remiremont a ensuite clôturé cette intense journée de mobilisation.

Cécilia CHERRIER


Parallèlement à la manifestation d'hier, les syndicats (CGT et CFDT) avaient demandé à ce qu'une table ronde soit organisée pour discuter des problèmes liés à la désindustrialisation des Vosges. La réunion a pris place à la mairie de Remiremont et le président de l'UIMM avait finalement accepté l'invitation. Étaient présents Jean-Pierre Moinaux, représentant le président du Conseil régional, Christian Poncelet, président du Conseil général, le député sortant, ainsi que les maires du secteur.

Au bout de cinq minutes, la réunion a tourné court dans un contexte politique tendu à quelques jours du second tour des législatives. Les syndicats ont quitté la table car « le patronat ne nous donnait pas de réponses concrètes donc on n'avait plus rien à faire là », précise Denis Schnabel, secrétaire général de l'UD-CGT. « On va demander à la préfète de mettre en place une cellule de crise par rapport à l'emploi dans les Vosges pour travailler globalement et non plus au coup par coup », ajoute-t-il.

« Une majorité des élus n'ont pas compris cette attitude », s'étonne Stéphane Tramzal, maire de Rupt-sur-Moselle. « Ils s'étaient rendus tous disponibles pour engager un débat sur l'avenir. » D'autant que la table ronde avait été organisée à la demande des syndicats, « je ne comprends pas. Ça a vraiment jeté un froid au niveau des élus. »