Papeterie Grégoire : un énorme gâchis

Publié le 01/06/2011
Le tribunal de commerce d'Epinal a prononcé hier matin la liquidation immédiate de la papeterie Grégoire de Saint-Nabord. Pour les 84 salariés, ce n'est pas une surprise, « juste » un énorme gâchis.
Papeterie Grégoire : un énorme gâchis
Papeterie Grégoire : un énorme gâchis
Le tribunal de commerce d'Epinal a prononcé hier matin la liquidation immédiate de la papeterie Grégoire de Saint-Nabord. Pour les 84 salariés, ce n'est pas une surprise, « juste » un énorme gâchis.

Vosges Matin, Mercredi le 01 Juin 2011 / Fait du jour
 

Le délai d'un mois fixé par le tribunal de commerce d'Epinal n'aura fait que reculer un verdict qui semblait inévitable : la liquidation de la papeterie de Saint-Nabord. (Photos J. HUMBRECHT)

Pas de surprise hier à la sortie de la salle d'audience, tant pour les délégués du personnel que pour le directeur du site.

Après trois dépôts de bilan, l'entreprise créée en 1880 va définitivement fermer ses portes, laissant ses 84 salariés sur le carreau. (Photo d'archives).

Le sort en est jeté pour les 84 salariés de la papeterie Grégoire de Saint-Nabord. Après une énième audience (plus d'une quinzaine depuis 2009), le tribunal de commerce, qui s'était donné un mois de délai supplémentaire pour rendre sa décision, a prononcé hier matin la liquidation immédiate de l'entreprise. Un jugement sans surprise pour les salariés, invités, sans perte de salaire, à rester chez eux depuis trop longtemps déjà.

Depuis le 8 avril en effet, l'entreprise navoiriaude qui abrite deux machines, l'une spécialisée dans la fabrication couleur d'emballages et la seconde dans le contrecollage de papiers renforcés, avait cessé toute production. Seuls deux gardiens (des salariés se relayant) et quelques personnels administratifs continuaient de hanter les lieux dans l'espoir d'une vraie reprise. Mais pas celle autorisée le 22 octobre dernier par le même tribunal de commerce en faveur de la société Motion Immobilien Verwaltung représentée par Robert Roche, dont le passif n'était guère engageant. Pas davantage d'ailleurs que la création, quelques jours plus tard par Pierre Gavelle, de la Société nouvelle Grégoire (SNC) par action simplifiée au capital de... 2 500 euros. Dès le départ, la somme avait fait tiquer les représentants du personnel.

« Je devais être minoritaire dans le pack d'actionnaires, se défend Pierre Gavelle ; or le gros actionnaire, Motion Invest, s'est retiré alors qu'il devait apporter un concours bancaire à hauteur de 2 millions d'euros. » La somme nécessaire pour disposer d'un fonds de roulement et remettre en ordre de marche une entreprise dans laquelle, tout le monde s'accorde à le dire, ne manquent ni le savoir-faire, ni la motivation, ni les clients. Alors quoi ? « Le projet est construit, il existe mais il manque le carburant : l'argent. Nous n'avons fait que végéter pendant plusieurs mois, en produisant de façon discontinue, ce qui a généré des pertes. Avec un bon fonds de roulement, on pourrait acheter de la matière première, optimiser la production et ainsi dépasser le seuil critique des 2 800-3 000 tonnes par mois ; en deçà, les machines ne fonctionnent pas normalement. » Le directeur de Grégoire avance aussi, outre « le désintérêt de Motion Invest », « une forte hausse du prix de la matière première (vieux papiers et cartons) ». Il se défend néanmoins d'avoir déserté l'entreprise. « Il n'y avait plus aucune activité sur le site, il n'y avait donc pas grand intérêt à être là en permanence. Mais pendant un mois j'ai travaillé sur la quinzaine de contacts qui se sont manifestés en vue d'un rachat éventuel, pour leur donner une image de la société. » Des contacts que le directeur qualifie lui-même de « ni finalisés ni suivis des faits ».

Sans fonds de roulementpoint de salut

Pas de quoi donc remonter le moral des salariés, dépités par un tel gâchis. « Tout le monde est dégoûté car chacun a donné de sa personne, souligne Antonio Simoes, délégué CGT, et les 300 clients (ndlr : en France et en Allemagne principalement) sont toujours là. Même après trois dépôts de bilan, ils restent fidèles à notre savoir-faire et à la relation de confiance qui s'est instaurée. Tout le monde savait que la branche était pourrie au départ car avec 2 500 euros de capital... Mais l'entreprise est viable, les personnels sont viables ! »

Néanmoins tout reste désormais à reconstruire et le chiffre de 2 millions d'euros de fonds de roulement, assortis d'un autre petit million nécessaire pour investir sur les machines, restent également toujours d'actualité.

« Le souhait des salariés était de tirer un trait sur tout ce que nous avons vécu depuis une dizaine d'années, expliquait pour sa part Giovanni Zinni, délégué CFDT au sortir de la salle d'audience. « Ça fait très mal bien sûr, car nous en sommes arrivés là à cause d'une mauvaise gestion. Ce n'est pas une question de savoir-faire car on sait travailler, il nous faut juste un vrai patron ! Alors on espère renaître de nos cendres, tel le phénix car il y a une réelle volonté des ouvriers. On a un process unique en Europe, écologique : on fonctionne en circuit fermé, sans rejet dans l'eau, ce qui est rare. Et on a aussi un vrai potentiel au niveau des produits. »

Après une réunion informelle hier après-midi (lire ci-dessus), une réunion officielle avec Me Nicolas Birh-le-Carrer est d'ores et déjà prévue le 6 juin prochain entre les murs de l'entreprise. Parallèlement les salariés devraient recevoir leur avis de licenciement sous quinze jours. Mais ils savent déjà, faute de trésorerie, ne pas pouvoir compter sur une quelconque prime ou toute autre compensation - compassion ? - de la part de leur direction.

Claire BRUGIER