Social - Grève massive chez Carrefour

Publié le 10/04/2011
Journée noire hier dans les allées de l'hypermarché Carrefour de Jeuxey et embouteillages aux caisses où 90 % du personnel était en grève à l'appel d'un mouvement national dénonçant la détérioration les conditions de travail.
Social - Grève massive chez Carrefour
Social - Grève massive chez Carrefour
Journée noire hier dans les allées de l'hypermarché Carrefour de Jeuxey et embouteillages aux caisses où 90 % du personnel était en grève à l'appel d'un mouvement national dénonçant la détérioration les conditions de travail.

© Vosges Matin, Dimanche le 10 Avril 2011 / Vosges 
 
Les grévistes qui étaient nombreux se sont mobilisés devant le magasin de Jeuxey toute la journée avec distribution de tracts et... barbecue. (Ph.J.A.) 
 
Les cadres ont assuré tout de même l'encaissement des clients, provoquant quelques embouteillages bon enfant 
Le directeur Dominique Lebrun s'est voulu rassurant. 

L'appel à la grève nationale lancé par FO, la CFDT et la CGT ce samedi dans tous les hypermarchés Carrefour de France a été entendu. Près de 90 % des salariés de Carrefour Jeuxey avaient déserté leur poste hier dès 8 h pour manifester leur grogne sur le parking et dans le hall du magasin. Le rideau n'était pas baissé comme dans d'autres établissements de France puisque les cadres s'étaient mobilisés pour tenir les caisses. Mais la boutique avait tout d'un magasin fantôme et les queues en caisse étaient comiques à voir. Rien à voir avec l'activité débordante d'un samedi dans les ruelles du plus gros centre commercial du secteur. Les clients ont su toutefois garder le sourire, le soleil aidant. Objet de cette colère qui grondait déjà depuis quelques mois en sourdine : les négociations salariales entamées récemment et qui n'ont pas abouti. Pour Francis Poirot, le délégué FO, syndicat majoritaire à Jeuxey qui compte 300 salariés, c'est une grève sans précédent rendue nécessaire par le rejet par la direction de revaloriser les salaires pour l'année 2011.

« Il faut privilégier l'humain » 

« La direction a proposé une augmentation d'1 % en mars et une seconde en octobre. Ce n'est pas suffisant. Le groupe Carrefour fait des bénéfices énormes et nous propose des miettes. On ne peut accepter une telle manière de procéder alors qu'un salaire moyen chez nous après 20 ans d'ancienneté ne dépasse pas, net, 1 300 euros. C'est insuffisant pour faire vivre une famille. »

 

Parmi les autres revendications, l'intersyndicale dénonce la dégradation des conditions de travail, le recours de moins en moins fréquent aux CDD en période d'activité, le développement des caisses automatiques (self scanning), la fermeture de nombreux rayons (boulangerie, boucherie) au détriment de la qualité des produits et du travail des employés.

« Les caisses automatiques sont une aberration. Mais la direction persiste et du coup ça crée des queues terribles pour imposer le self scanning aux clients. C'est contre-productif. Il ne faut pas oublier que ce ne sont pas les machines qui vont payer nos retraites mais les hommes et que si l'on continue dans cette voie, on va droit dans le mur. Si encore Carrefour était en difficultés mais vu les bénéfices, on ne peut pas laisser faire... »

Du côté de la direction, Dominique Lebrun, le responsable du magasin, reste calme et tente d'analyser la situation avec bon sens. « C'est vrai que les négociations salariales arrivent cette année dans un contexte difficile. Depuis deux ans, la grande distribution subit la crise de plein fouet et sa croissance est en chute libre. Les clients ne veulent plus se déplacer trop loin pour faire leurs courses, notamment à cause de la hausse du prix du carburant. Deuxième élément à prendre en compte, nous sommes énormément concurrencés par internet. La chaîne doit se remettre en question car les grands magasins comme ici sont moins appréciés. » En effet, les derniers chiffres démontrent que la clientèle se replie de plus en plus vers des magasins de petite taille et de proximité.

« Les Carrefour City et Market cartonnent et donc notre direction envisage de se restructurer autrement. Cela génère forcément des inquiétudes auprès du personnel. Mais nous n'allons pas licencier. Les départs naturels permettront de nous adapter tout simplement, note Dominique Lebrun qui reste somme toute confiant. Nous avons un réel souci du dialogue social et nous le conserverons. » La direction fait un premier pas avec la réouverture des négociations salariales annoncée le 13 avril prochain.

Sabine LESUR