Union locale CFDT : le harcèlement moral en tête

Publié le 03/10/2011
La recrudescence du harcèlement moral donne du fil à retordre à l'union locale CFDT. Son responsable juridique, Michel Gravier, et son équipe font face, tout en portant à bout de bras d'autres cas de figures.
Union locale CFDT : le harcèlement moral en tête
Union locale CFDT : le harcèlement moral en tête
La recrudescence du harcèlement moral donne du fil à retordre à l'union locale CFDT. Son responsable juridique, Michel Gravier, et son équipe font face, tout en portant à bout de bras d'autres cas de figures.

© Vosges Matin, Samedi le 01 Octobre 2011 / Remiremont

Michel Gravier, responsable juridique de l'union locale CFDT, juge une situation de l'emploi qui s'est fortement dégradée. Avec une recrudescence du harcèlement moral.

Situation de l'emploi, relations au travail, justice prud'homale, retraites et préretraites, chômage, maladies professionnelles... sont autant de points que l'union locale CFDT porte à la force de ses bras et de ses constats sur le terrain. La permanence juridique est prise d'assaut, avec un responsable, Michel Gravier, qui se bat comme un beau diable, avec son équipe pour défendre les salariés. Et il n'est pas prêt à baisser pavillon car ses affaires ne s'arrangent pas. Elles empirent même, avec notamment un harcèlement moral qui pourrit encore plus la situation de l'emploi.

Quelle est la situation de l'emploi ?

« La situation de l'emploi s'est fortement dégradée depuis le printemps dernier. Outre les licenciements économiques dont on a beaucoup parlé, FTS, Grégoire, plus récemment la laiterie de Xertigny où travaillent nombre de personnes qui habitent sur notre secteur des Vosges du sud. Sans oublier TRW et la société thermale de Plombières. On constate nombre de licenciements dans des petites entreprises qui ont une activité de sous-traitance (secteurs du bâtiment, nettoyage, gardiennage...). »

Et dans ces petites entreprises, ce sont des licenciements économiques ?

« Il est évident que nombre de ces licenciements ne sont pas recensés comme économiques puisque dissimulés sous des formes de ruptures variées : rupture conventionnelle, licenciement pour de prétendues fautes, démission du salarié dans un contexte de pression psychologique. »

Arrivez-vous à suivre cette surcharge de dossiers liés à ces licenciements ?

« La permanence juridique de l'union locale est débordée car ne pouvant traiter tous les problèmes, surtout que les situations de ruptures de contrats de travail ou d'absence de versements de salaires ou encore psychosociaux générés par des rapports contractuels de plus en plus agressifs demandent beaucoup d'écoute et de temps pour les bénévoles tenant les permanences juridiques. »

Est-ce que ces rapports agressifs peuvent s'apparenter à du harcèlement moral ?

« Les relations de travail se sont particulièrement détériorées au cours de ces derniers mois. Et nous constatons une recrudescence du harcèlement moral. La permanence juridique vit au rythme de trois à quatre cas en moyenne par semaine de personnes qui subissent cette situation de sévices moraux, presque exclusivement des femmes qui, après avoir résisté pour ne pas perdre leur emploi, finissent par sombrer dans la dépression. »

Comment se manifeste, selon vous, ce harcèlement moral ?

« Il devient dans certaines entreprises une forme de management du personnel, visant à éliminer des salariés moins productifs ou ne donnant plus entière satisfaction, selon les critères de l'employeur. Nous ressentons une volonté de taire les risques psychosociaux au travail afin de ne pas les traiter. »

Comment agit l'union locale CFDT ?

« Elle estime que c'est son devoir d'agir et, le cas échéant, n'hésitera pas à distribuer de l'information aux consommateurs pour dénoncer des situations intolérables car se taire, c'est favoriser ces pratiques douteuses qui finissent par détruire la santé des salariés exposés. »

Quelles autres dérives avez-vous constatées ?

« On constate également des dérives de plus en plus importantes par rapport à la durée effective du travail avec de nombreuses heures supplémentaires non répertoriées, non rémunérées avec des cas de plus en plus nombreux de main-d'oeuvre non déclarée. »

La justice prud'homale est-elle la solution pour tous ?

« La taxation des procédures prud'homales va encore aggraver les situations d'accès à la justice, surtout pour des personnes en précarité financière ponctuelle. »

La suppression des prud'hommes de Remiremont a-t-elle aussi une incidence ?

« Cette suppression allonge la durée des procédures et génère des frais supplémentaires aux justiciables, ainsi qu'aux bénévoles chargés de défendre leurs affaires. Sans parler du temps supplémentaire passé en déplacement et dans la salle d'audience avec des séances qui peuvent s'éterniser jusqu'à 19 h 30/20 h. »

Quel avenir voyez-vous pour les retraites et préretraites ?

« La suppression de l'AER (allocation équivalent retraite) a des conséquences dramatiques pour des personnes âgées qui ne peuvent plus retrouver du travail. Les emplois dits « seniors » sont pratiquement inexistants et vont faire connaissance avec la grande pauvreté, percevant au mieux une allocation de solidarité spécifique de 460 EUR par mois. Le recul de l'âge de la retraite qui a pris effet au 1er juillet dernier va encore notablement aggraver la situation de l'emploi et créer davantage de pauvreté et de misère. »

Et quel avenir pour les chômeurs ?

« Ils se retrouvent bien souvent dans une situation de précarité absolue. Avec aussi une précarité de plus en plus grande de l'emploi et le problème déjà évoqué des salariés âgés, on comprendra aisément que la fréquentation des associations caritatives telles que les Restos du Coeur va devenir de plus en plus importante. »

Ces salariés âgés peuvent-ils craindre, selon vous, pour leur santé ?

« Une certaine tranche de la population salariée, en particulier les femmes et hommes de plus de 50 ans, va cumuler tous les aléas par rapport au travail dont celui de voir sa santé altérée par une maladie professionnelle. Les troubles musculo-squelettiques générés par des conditions de travail sont toujours aussi nombreux. Il y a de plus en plus d'obstacles à la reconnaissance de maladies professionnelles. Il est évident que dans l'attente d'une décision, les salariés se retrouvent dans une situation particulièrement difficile, dans l'angoisse, avec des problèmes financiers qui ne manquent pas de surgir puisque seules les prestations maladie leur sont versées. L'issue au bout d'un laps de temps plus ou moins long étant le plus souvent le licenciement pour inaptitude et de longues périodes de chômage. »

Un constat finalement alarmant ?

« Nous aurions préféré ne pas devoir dresser ce constat mais nous estimons indispensable d'attirer l'attention des pouvoirs publics, des élus et de la population sur une situation qui se dégrade de manière très préoccupante au détriment des travailleurs et d'une frange de la population la plus vulnérable, devant laquelle les portes se ferment car les institutions refusent de prendre en compte leurs problèmes. »

Propos recueillis par Estelle LEMERLE-COHEN

Contact : union locale CFDT, 31, rue des Prêtres à Remiremont, tél. 03 29 62 11 54.