Vogica, « l'énorme gâchis »

Publié le 10/11/2010
Mille emplois perdus, des milliers de clients menacés de perdre le montant de leurs commandes, et l'image de l'industrie vosgienne « bousillée » : la faillite de Vogica est lourde de conséquences.

Le Républicain Lorrain, Mercredi le 10 Novembre 2010 / Région

Un énorme gâchis. » En trois mots, Patrick Blanchard, responsable du syndicat CFDT construction-bois des Vosges, a résumé le sentiment général après la liquidation judiciaire de Vogica. « Cette marque avait de la valeur. Son image a été bousillée...»

Pourtant, « ce tremblement de terre était prévisible », commente le député de la circonscription de Neufchâteau, Jean-Jacques Gaultier (UMP). Tout avait commencé en 1959 avec la création à Châtenois de la menuiserie Manuest, devenue société coopérative (Scop) en 1971. La marque Vogica est sortie en 1976 de l'imagination de Patrick Lasry, alors directeur général de la Scop. Baptisée VGC, la holding commercialisait les cuisines sur mesure et les salles de bain personnalisées fabriquées par Manuest. Les difficultés sont apparues au début des années 2000, alors que l'entreprise, basée à Saint-Aubin (Essonne), avait entamé le déploiement dans l'Hexagone d'un vaste réseau de magasins. Elles coïncident surtout avec le rachat en 2001 de 85 % du capital de Vogica par Arcapita Ltd, un fonds d'investissement basé à... Bahrein. « Des gens avec qui il n'est vraiment pas facile de s'expliquer ! », regrette Jean-Jacques Gaultier. Après le départ de Patrick Lasry, la gestion du groupe devient erratique. En 2009, Manuest supprime 160 emplois sur 380, et la fabrication des meubles Vogica est confiée à Nevelt, une menuiserie de Mattaincourt, à une trentaine de kilomètres, créée en 2005 par le puissant groupe franc-comtois Parisot, dont est d'ailleurs issue la patronne du Medef.

Sous-traitants en difficultés

« La communication de Vogica a accrédité l'idée que les difficultés de la société provenaient des insuffisances de Nevelt, rapporte Patrick Blanchard. En fait, il s'agit plus sûrement de problèmes internes. Les actionnaires ont laissé filer ! ». Toujours est-il qu'après un dépôt de bilan en septembre, le tribunal d'Evry a décidé la liquidation de Vogica, faute de repreneur. Cette décision ne concerne pas pour l'instant Manuest, dont les 220 salariés fabriquent aujourd'hui des meubles en kits pour le groupe anglais Kingfischer (Castorama et Brico-Dépôt). En revanche, on peut être inquiet pour l'avenir de la centaine de salariés de Nevelt. Déjà, une cinquantaine d'intérimaires ont été remerciés et les salariés en contrats à durée déterminée sont menacés. Toutefois, Nevelt place ses espoirs dans l'activité proposée par son deuxième gros client, Cuisines Plus.

Bilan provisoire : au moins 1 000 salariés se retrouvent sur le carreau, tandis que des milliers de clients ont versé plus de dix millions d'euros de commandes dont on ne voit pas trop comment elles pourront être honorées. La liquidatrice judiciaire nommée par le tribunal d'Evry a publié hier un communiqué laissant espérer aux clients de Vogica qu'une partie d'entre eux seront remboursés. Dès hier, les quarante-cinq magasins à l'enseigne Vogica ont été fermés, et le siège social s'était mis aux abonnés absents. Aujourd'hui, résume Jean-Jacques Gaultier, les priorités sont d'« accompagner » les 45 salariés de Vogica à Châtenois et de « sécuriser » Manuest. Le meuble industriel vosgien conserve des piliers historiques, tels la Manufacture vosgienne de Meubles installée également à Mattaincourt, mais la déconfiture de Vogica n'en illustre pas moins sa fragilité sur un marché mondialisé. Un symbole dont le département se serait bien passé.

Bernard MAILLARD.