« Dérives de l'assistanat » : Wauquiez crée des remous

Publié le 10/05/2011
En qualifiant les « dérives de l'assistanat » de « cancer de la société française » et en voulant demander cinq heures hebdomadaires de service social aux bénéficiaires du RSA, Laurent Wauquiez ne fait pas l'unanimité.
« Dérives de l'assistanat » : Wauquiez crée des remous
« Dérives de l'assistanat » : Wauquiez crée des remous
En qualifiant les « dérives de l'assistanat » de « cancer de la société française » et en voulant demander cinq heures hebdomadaires de service social aux bénéficiaires du RSA, Laurent Wauquiez ne fait pas l'unanimité.

© Le Républicain Lorrain, Mardi le 10 Mai 2011 / IG /

 

« On a tout le concert des bien-pensants », a ironisé hier Laurent Wauquiez face aux critiques venues de toutes parts,se félicitant d'avoir lancé un « débat salutaire ». Photo MAXPPP

L'offensive du ministre UMP Laurent Wauquiez contre « les dérives de l'assistanat » a provoqué hier un feu nourri de critiques à gauche, tout en recevant un accueil glacial dans son camp de la part de sa collègue en charge des Solidarités, Roselyne Bachelot. L'ancien secrétaire d'Etat à l'Emploi, aujourd'hui ministre des Affaires européennes, a proposé de demander cinq heures hebdomadaires de service social aux bénéficiaires du Revenu de solidarité active (RSA) et « de plafonner le cumul de tous les minima sociaux à 75 % du Smic ». Il suggère aussi d'établir une durée minimale de travail pour que les étrangers puissent bénéficier du système social français.

Certaines de ces propositions figureront dans une proposition de loi déposée « dans les 10 jours » à l'Assemblée, par son groupe « la Droite sociale », a-t-il expliqué dimanche, qualifiant les « dérives de l'assistanat » comme « le cancer de la société française ».

Une idée de Pierre Lang

Mais même s'il n'est pas le seul à droite à vouloir relancer ce débat sur les minimas sociaux (le député UMP de Freyming-Merlebach Pierre Lang a aussi récemment présenté une proposition de loi de 20 heures de travail par mois en faveur d'une collectivité), le ministre n'a pas reçu de soutien de la part du gouvernement.

Ses propositions « posent des difficultés de principe et de mise en oeuvre que je lui ai d'ailleurs signalées lors d'un entretien approfondi », a sèchement réagi la ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale, Roselyne Bachelot. Rappelant qu'une évaluation du RSA était en cours, elle souligné qu'elle était « en charge de ce dossier » et qu'elle soumettrait des « pistes d'amélioration du dispositif » à l'issue de ces travaux.

De son côté, le secrétaire général adjoint de l'UMP, Marc-Philippe Daubresse, a fustigé l'« irresponsabilité » de Wauquiez et a demandé que l'UMP mette cette question à l'ordre du jour de son prochain bureau politique demain. Cependant, la direction nationale de l'UMP lui a apporté son soutien, l'entourage du secrétaire général Jean-François Copé qualifiant ses propositions de « contribution importante » à la prochaine convention du parti sur la « justice sociale », le 8 juin.

« Très démagogique »

La gauche s'est montrée unanime dans ses critiques. « Toute l'idée de Wauquiez c'est de dire que ceux qui sont dans cette misère c'est parce qu'ils le veulent bien », a réagi le sénateur PS David Assouline. « C'est vraiment irresponsable ! » La députée communiste Marie-George Buffet a fustigé des propos « scandaleux » visant « rameuter l'électorat d'extrême droite », tandis que le NPA a parlé « d'insulte » à l'égard des précaires.

Le milieu associatif a aussi vertement réagi. « Le cancer de la société, ce n'est pas l'assistanat mais le chômage », a dit Bruno Grouès, de l'Uniopss tandis que la Fnars, une autre importante fédération associative, a dénoncé des propositions « très démagogiques ».

Côté syndical, la CFDT s'est indignée par la voix de son secrétaire national Laurent Berger : « Wauquiez se dit de la Droite sociale, mais ça frise plutôt avec la droite extrême. »

Le père du RSA, Martin Hirsch, s'est indigné des propositions de Wauquiez qui sonnent comme une remise en cause de ce minima social qu'une partie de la droite a accepté avec réticence en 2009. «Tous les coups ne sont pas permis face à la vulnérabilité des gens», a-t-il lancé, en rappelant que les allocataires étaient obligés de rechercher un emploi.

Pour Alice Brassens, une experte de l'Ansa (structure qui a expérimenté la mise en place du RSA), les heures de service social évoquées par