« Injuste et inefficace »

Publié le 08/06/2010
RESPONSABLE DU DOSSIER des retraites à la CFDT, le Lorrain Jean-Louis Malys craint que seuls ceux qui travaillent depuis l'adolescence, soient les perdants de la réforme.
« Injuste et inefficace »
« Injuste et inefficace »
RESPONSABLE DU DOSSIER des retraites à la CFDT, le Lorrain Jean-Louis Malys craint que seuls ceux qui travaillent depuis l'adolescence, soient les perdants de la réforme.

L'Est Républicain, Mardi le 08 Juin 2010 / France-Monde 
 

 

Jean-Louis Malys 

Jean-Louis Malys entre le congrès de Grenoble (2006) et celui de cette semaine à Tours, le climat autour de la CFDT a changé... On n'est plus dans le passif de 2003. La réforme voulue par le gouvernement, on en voit le double danger : elle est injuste et inefficace. On ne se contentera pas d'être contre, on va aussi formuler des propositions. Tout le monde semble toutefois admettre qu'il faut remettre en cause la situation... Certes, mais si on déplace le curseur après 60 ans, les seuls qui vont produire l'effort sont ceux qui ont commencé à travailler avant vingt ans. Tous les autres en seront exonérés, même ceux qui auront eu la chance de suivre des études. Demander à ceux qui ont commencé tôt de cotiser une ou deux années de plus alors qu'ils ont déjà leur comptant de trimestres est injuste. A l'inverse, cette réforme ne va rien coûter à celui qui aura suivi de brillantes études, avec un métier intéressant et agréable. S'il a commencé à travailler à 24 ans, il continuera de partir à 64 ans. Cela ne change rien pour lui. L'effort va porter sur tous ceux qui ont commencé jeune, ce sont ceux qui ont eu des métiers difficiles, des petits salaires, dont la retraite sera réduite et qui, en outre, ont l'espérance de vie la plus courte. En quoi la réforme serait-elle inefficace ? Dès 2015, le déficit programmé est de 40 milliards dont 15 milliards dûs aux effets démographiques. Le reste, c'est la crise. On voit qu'en agissant uniquement sur l'âge, on va couvrir 4 ou 5 milliards. Mais il n'est pas logique que seuls les salariés soient pénalisés par la crise. Avez-vous le sentiment que les conséquences de cette réforme sont perçues par l'opinion publique ? De plus en plus... On a une espèce de double peine en France. L'option de la durée de la cotisation nous paraît un choix plus juste. Sinon, on sort de l'esprit de tout ce qui a été accompli depuis les premières réformes. La réforme idéale selon la CFDT, quelle serait-elle alors ? Elle serait accomplie à l'issue d'une remise à plat, déjà. Une réflexion en profondeur. Ensuite, elle serait lisible. En France, on cotise sans connaître ses droits. Les mécanismes s'additionnent et se compliquent. 40 % des gens qui partent sont « polypensionnés », c'est-à-dire passés par plusieurs systèmes de retraite. Ils sont systématiquement lésés, et je ne parle pas des interruptions de carrière. Si le gouvernement avait eu du courage, au lieu de choisir une méthode paramétrique, dure et injuste, il aurait lancé un débat pour réfléchir à un système qui permette du choix. Partir tôt ou continuer à exercer un métier qui plaît : les Français veulent choisir. Les mécanismes sont méconnus et très complexes. Même ceux qui connaissent le système des retraites s'y perdent. A. P.