« Inquiets et moroses »

Publié le 27/08/2012
À 13 h 12 cet après-midi, les chaînes de PSA repartent à Sochaux (Doubs). Une rentrée sous très haute tension
« Inquiets et moroses »
« Inquiets et moroses »
À 13 h 12 cet après-midi, les chaînes de PSA repartent à Sochaux (Doubs). Une rentrée sous très haute tension

© L'Est Républicain, Lundi le 27 Aout 2012 / Ouverture Région Lorraine + Vosges Matin

 

« Les politiques d'austérité en Europe plombent le marché automobile », estime la CGT. FO craint que la « mauvaise publicité » autour de PSA n'incite pas les acheteurs à faire repartir les ventes à la hausse.

À 13 h 12 cet après-midi, les chaînes de PSA repartent à Sochaux. Une rentrée sous très haute tension.

Sochaux. À l'aube des vacances, en juillet, les différentes annonces de la direction : fermeture de l'usine d'Aulnay, suppressions de postes, baisse des ventes, de la production, ont plombé l'ambiance. Alors que les quelque 12.000 salariés du site retrouvent tous le travail aujourd'hui, après la pause estivale, l'heure est, de l'avis des syndicats unanimes, à l'inquiétude. Les récentes supputations selon lesquelles le groupe PSA pourrait ne peut plus être coté au CAC 40 n'ont, en outre, rien pour rassurer. « Jamais je n'ai vécu une rentrée aussi difficile », témoigne ainsi Jacques Mazzolini (CFE-CGC). « Et pourtant, je suis à Sochaux depuis trente-cinq ans ! ». « Drôle de célébration pour le centenaire », commente pour sa part Pascal Pavillard (FO). Plus ancienne usine du groupe, l'entité sochalienne doit en effet souffler en septembre ses cent bougies. Bon anniversaire ?

- L'emploi : voilà bien évidemment le sujet au coeur de toutes les discussions. 579 suppressions de postes ont été annoncées par la direction sochalienne (sur les 8.000 au niveau mondial). 370 sont prévues dans les bureaux d'études, 200 à la direction mécanique. À cela s'ajoutent les 300 intérimaires qui seront remerciés au 1er octobre : une conséquence de la baisse de production sur système 1 (la 308) qui aboutit à la disparition, « temporaire » dit la direction, d'une demi-équipe. Dans le même temps, la baisse des commandes et de production sur système 2 (3008, 5008 et DS5) conduit à un départ, en cours, de 350 autres intérimaires. « On connaît les chiffres globaux mais on ne sait pas encore quel poste, individuellement, est concerné », souligne Jacques Mazzonlini. « C'est une source d'inquiétudes importante. Les gens sont mal à l'aise. » Sans compter l'impact sur les emplois de ses filiales présentes dans le Grand Est

- Départs volontaires : selon la direction, les suppressions de postes (hors intérimaires) doivent se faire avec des départs volontaires et/ou naturels. « Les gens qui ont la possibilité de partir ne doivent plus hésiter », selon Pascal Pavillard. À la CFE-CGC, on est plus dubitatif : « Les départs volontaires, il y en a déjà depuis longtemps. Que se passera-t-il si les objectifs de la direction ne sont pas atteints ? Voilà ce qui nourrit l'inquiétude. »

- Cadences : la baisse des ventes de véhicules et celles (anticipée et réelle) des commandes aboutissent à une diminution de la production sur les deux systèmes. La baisse de cadence ne concerne, elle, que le système 2. Mais en même temps, avec le départ des intérimaires, le nombre de personnes sur les lignes diminue également. « Pour les salariés mais également les agents de maîtrise, c'est compliqué à gérer. De plus, il s'agit d'emplois perdus. On aurait préféré que cela permette de donner de l'oxygène aux gens sur les lignes » (CFE-CGC). « La baisse de cadence, c'est plus de boulot pour ceux qui restent », tranche la CDFT.

- Amortisseurs : l'usine Mécanique (amortisseurs), a été promise, avant la crise, à la fermeture en raison d'une délocalisation. Les six cents salariés quittent peu à peu les ateliers pour d'autres affectations. La fermeture définitive ? Là aussi, les syndicats voudraient un échéancier précis.

- General Motors : sur les modalités pratiques de l'alliance avec le constructeur américain, on devrait en savoir plus cet automne. GM a perdu 747 millions de dollars l'an dernier en Europe. Son analyse (la chute des ventes de voitures se traduit par une situation de surcapacités représentant l'équivalent de dix sites d'assemblage) n'encourage pas à un optimisme délirant... « C'est le flou total », dénonce Guy Miseré de la CFDT. « On ne peut que supposer la volonté de GM de nous transformer en sous-traitants. » Mi-septembre, une délégation de la CGT va rencontrer ses homologues américains à Detroit. « Pour nous, ce sera une rentrée offensive », promet Bruno Lemerle.

- L'immédiat : à la fin de ce mois, le groupe de travail du CCE se verra présenter le rapport de l'expert. Ce dernier donnera des pistes sur la validité des motivations économiques de l'employeur et sur les mesures d'accompagnement de son plan. Un CE aura lieu le 31 août. Les comités d'hygiène et de sécurité des secteurs impactés se réuniront à partir de mardi.

- Gouvernement : le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg a appelé hier, sur BFM TV, les syndicats de PSA Peugeot Citroën à la « responsabilité économique » pour ne pas « affaiblir » le constructeur.

Les syndicats doivent avoir en tête de « trouver des solutions » pour « construire l'avenir », a-t-il déclaré « J'appelle à la responsabilité des actionnaires. J'appelle à la responsabilité des syndicats », a-t-il répété.

Sophie DOUGNAC