« Juste une logique comptable »

Publié le 24/06/2010
Pour le secrétaire national de la CFDT chargé des retraites, Jean-Louis Malys, la proposition de réforme sur la table ne règle rien au-delà de 2018. Surtout, elle aggrave l'iniquité entre les salariés.
« Juste une logique comptable »
« Juste une logique comptable »
Pour le secrétaire national de la CFDT chargé des retraites, Jean-Louis Malys, la proposition de réforme sur la table ne règle rien au-delà de 2018. Surtout, elle aggrave l'iniquité entre les salariés.

Le Républicain Lorrain, Jeudi le 24 Juin 2010 / Région
 

 

Jean-Louis Malys. Photo archives RL

Exit la négociation. Vous appelez à l'épreuve de force dans la rue.

Jean-Louis MALYS : « Le problème, c'est qu'il n'y a pas eu de négociation, mais une simple consultation. Le gouvernement nous a écoutés, mais sans jamais tenir compte de nos propositions. Lorsqu'on parle pénibilité, il répond invalidité... Maintenant, il nous explique qu'il pourrait faire évoluer le texte d'ici l'examen au Parlement, en septembre. Ce qui met singulièrement à mal un texte qui nous est présenté comme équitable. »

Au-delà du recul de l'âge légal de 60 à 62 ans, dénoncé par l'intersyndicale, le financement à long terme des retraites est-il assuré ?

« Non, absolument pas. Cette réforme, qui repose à 85 % sur les salariés, est financée jusqu'à l'horizon 2018. Elle ne prévoit rien au-delà, or, l'effet papy boom perdure jusqu'en 2030. En fait, le gouvernement s'est enfermé dans une logique comptable. Son souci consiste à donner des signes aux marchés financiers, et aux agences de notation, sur sa détermination à redresser les déficits. Nous, nous plaidons pour une réforme systémique prenant en compte la pénibilité, les poly-pensionnés et les carrières longues.

Au lieu de ça, le gouvernement a rajouté à la logique d'allongement de la durée de cotisation résultant de la réforme de 2003, le recul de l'âge légal. Cet effet cumulatif inacceptable durcit les conditions d'accès à la retraite comme nulle part ailleurs en Europe. »

Pour la CFDT, la solution passe-t-elle par un retrait de ce projet de loi ?

« Pas question de jouer sur les mots. Notre objectif n'est ni un retrait ni un adoucissement de la réforme. Nous sommes favorables à une réforme parce que nous l'estimons nécessaire, mais nous voulons un texte qui réduise les inégalités. »

Secoué par l'affaire Bettencourt, Eric Woerth doit-il rester l'interlocuteur des partenaires sociaux ?

« En trois ans, nous avons connu quatre ministres du travail. Cette instabilité est improductive. Ceci dit, je ne choisis pas mes interlocuteurs au gouvernement et puis, il me semble qu'en dernier recours, le dossier des retraites sera arbitré par l'Élysée. »

Propos recueillis par Xavier BROUET.