« La situation des syndicats est paradoxale »

Publié le 26/01/2012
Professionnalisation, représentativité, attitude face au changement... Le chercheur Dominique Andolfatto analyse le rôle et la mutation des syndicats aujourd'hui.
« La situation des syndicats est paradoxale »
« La situation des syndicats est paradoxale »
Professionnalisation, représentativité, attitude face au changement... Le chercheur Dominique Andolfatto analyse le rôle et la mutation des syndicats aujourd'hui.

© Le Républicain Lorrain, Jeudi le 26 Janvier 2012 / Région /

 

 
L a professionnalisation et la nouvelle approche managériale du syndicalisme, qui font craindre à certains d'y perdre leur âme, sont-elles des réponses à la nécessité de la métamorphose syndicale ?
DOSSIER

Dominique ANDOLFATTO : « La professionnalisation, c'est le fait que bien des militants syndicaux le sont aujourd'hui à plein-temps avec pour effet pervers de n'être plus présents sur les lieux de travail. C'est comme ça que les syndicats deviennent invisibles, et ne réapparaissent qu'au moment des élections professionnelles. Il s'agit donc de repenser les équipes syndicales, de favoriser leur rajeunissement et leur diversité. La CGT comme la CFDT ont d'ailleurs lancé des chantiers. »

Avez-vous un exemple de cette innovation ?

« La CGT préconise le développement de syndicats multi-entreprises. Cela doit permettre de multiplier les implantations et les adhésions nouvelles. Aucun bilan n'a encore été publié de ces expérimentations, et on peut se demander si toutes les innovations avancées ne tiennent pas avant tout d'un discours... Qui tarderait à s'incarner. »

Quels sont les derniers chiffres de la représentation syndicale ?

« Environ 7 % des salariés adhèrent à un syndicat. C'est une moyenne. Dans la fonction publique, EDF ou la SNCF, la proportion est de 15-20 %. Mais, elle se rapproche de 0 % dans l'immense continent du commerce et des services. »

Dans une société fragilisée précarisée, pourquoi l'audience syndicale est-elle si faible ?

« La situation des syndicats est paradoxale. Une partie des salariés les soutient, mais pas jusqu'à adhérer, leur reprochant leurs divisions et leur politisation. Certains craignent qu'un engagement syndical ne pèse défavorablement sur leur carrière. Une autre partie des salariés est plus critique et déplore des syndicats tournés vers le passé, ou repliés sur eux-mêmes, que leurs représentants cherchent avant tout à protéger. Comme les syndicats ne tirent pas l'essentiel de leurs ressources des cotisations, les adhérents ne sont pas une priorité. »

Pourquoi a-t-on parfois l'impression que les syndicats sont, par principe hostiles au changement ?

« Les syndicats cherchent d'abord à défendre 'les avantages acquis' et à les améliorer. Pour autant, ils ne sont pas hostiles au changement. Sur la réforme des retraites, ils ont beaucoup évolué. Même la CGT a fini par se rallier à l'idée d'une réforme... Certes, pas celle qui a été engagée. Plus largement, ils sont très impliqués dans toutes les négociations sociales et font de moins en moins d'opposition systématique au changement. Pour autant, dans un contexte où la représentativité syndicale dépend dorénavant des résultats aux élections professionnelles, le fait de dire 'non', sinon une certaine démagogie, paraît plus rentable électoralement. »

Propos recueillis par Monique RAUX. Dominique Andolfatto est maître de conférenceset chercheur en sciences politiques à Nancy.