« Les Ardennes se désespèrent »

Publié le 20/04/2011
Le reportage : On se demande ce qui va rester.
« Les Ardennes se désespèrent »
« Les Ardennes se désespèrent »
Le reportage : On se demande ce qui va rester.

L'Est Républicain, Mercredi le 20 Avril 2011 / Ouverture France-Monde

 Porcher Idéal-Standard ferme à la fin de la semaine, 130 salariés au tapis. Delphi à Donchery, à 15 km de là, qui fait de la sous-traitance pour l'automobile, doit mettre la clé sous la porte l'année prochaine, 250 emplois vont disparaître, au profit d'une délocalisation en Pologne. KME, une entreprise qui fait du cuivre pour l'alimentaire et le chauffage à Givet vient de licencier 70 personnes. Arthur-Martin craint pour son avenir également. Depuis 2006, les Ardennes ont perdu 5.000 emplois, la vallée de la Meuse, berceau de la métallurgie, est sinistrée. « Quand des fonderies ferment, ça arrange un peu notre patron, il récupère les marchés et devient le principal employeur ». Les trois délégués syndicaux CGT, CFDT et FO de la Fonte ardennaise, qui attendent Nicolas Sarkozy de pied ferme sur le site 2 de leur entreprise, celui de l'usinage, ont le moral dans les chaussettes : « Les Ardennes se désespèrent ».

La Fonte ardennaise est une entreprise comme le président les aime : « Je crois au capitalisme familial, pas au capitalisme financier ». Ça tombe bien : le président du directoire, Nicolas Grosdidier est le petit-fils du fondateur de la société créée en 1927. Une presque centenaire plutôt alerte selon son patron : 855 salariés sur cinq sites dans les Ardennes, 1.250 au niveau du groupe présent également en Ille-et-Vilaine, dans la Sarthe et en... Serbie. « Nous avons passé le cap difficile de 2009 sans licenciements, nous espérons atteindre 170 MEUR de chiffre d'affaires cette année ».

La prime Sarkozy ?

Nicolas Grosdidier refuse de livrer la moindre indication sur ses intentions. Se contentant juste d'indiquer que la défiscalisation des heures supplémentaires n'a pas entraîné un accroissement de celles-ci. Pas inutiles pourtant : « On est sur 36 heures par semaine, avec 4 heures sup par mois, avec 22 ans d'ancienneté, j'arrive à 1.200 EUR nets », confie Nadine Gaudion, déléguée CFDT. « Les relations sociales sont difficiles dans l'entreprise, il y a dix ans, il n'y avait pas de syndicat, on n'arrive pas à obtenir un 13e mois, juste une prime », renchérit Daniel Eltrudis pour la CGT.

Un signe : « Le patron nous avait laissés libres de venir ou pas pour Sarkozy. Même pas un salarié sur huit s'est déplacé ». Avec leur collègue Christian Brichet de FO, ils ont fait passer leur double message au président pendant dix minutes d'entretien : la pénibilité et le pouvoir d'achat. « Il nous a écoutés. Mais rien promis ».