35 heures : la majorité rattrapée par la discorde

Publié le 06/01/2011
Si la question des 35 heures a suscité la controverse à gauche, elle embarrasse à présent la majorité, tiraillée entre partisans de leur abolition pure et simple et ceux qui jugent le débat dépassé.
35 heures : la majorité rattrapée par la discorde
35 heures : la majorité rattrapée par la discorde
Si la question des 35 heures a suscité la controverse à gauche, elle embarrasse à présent la majorité, tiraillée entre partisans de leur abolition pure et simple et ceux qui jugent le débat dépassé.

Le Républicain Lorrain, Jeudi le 06 Janvier 2011 / IG
 

 

L'affrontement entre Jean-Louis Copé et Xavier Betrand s'est déplacé sur le terrain des 35 heures. Photo AFP

A quinze mois de la présidentielle, le rebond du débat sur les 35 heures, après avoir provoqué des tiraillements à gauche, atteint désormais la majorité. La droite a tout d'abord suivi d'un oeil amusé la querelle dans l'opposition après l'appel de Manuel Valls, candidat aux primaires socialistes, à « déverrouiller » les 35 heures, héritage sacré des années Jospin.

Mais la polémique est revenue en boomerang sur l'UMP, se cristallisant sur la rivalité entre Copé, secrétaire général du parti, et Bertrand, ministre du Travail et prédécesseur du député-maire de Meaux à l'UMP.

Favorable à la mort des 35 heures, Copé veut aller « assez vite » dans la réflexion sur le sujet pour nourrir le projet présidentiel de 2012, et présenter les « premières pistes » d'ici février.

« Les 35 heures, c'est un problème pour tout le monde, l'Etat, les entreprises et les salariés », a-t-il déploré. Dans sa croisade, il peut compter sur le numéro deux du gouvernement, Alain Juppé, qui souhaite « abandonner purement et simplement » la réduction du temps de travail, « une idée du siècle dernier ».

Le libéral Hervé Novelli, qui mène la réflexion avec le président du groupe UMP au Sénat Gérard Longuet, est allé plus loin. Pour 2012, « le débat sur l'opportunité du débat n'a plus lieu d'être. Il s'est installé », a-t-il avancé.

Pourtant, l'unanimité n'est pas acquise : Xavier Bertrand a pris le contre-pied de Copé et ses amis. « Si vous changez les 35 heures, les salariés y perdent dans la minute sur leur fiche de paie, parce que les heures supplémentaires ne sont plus payées 25 % de plus », a-t-il fait valoir. Une position « validée » par l'Elysée, selon un ministre.

A Voir, car Copé a affirmé mardi avoir reçu les encouragements de Nicolas Sarkozy pour ouvrir le débat.

Chiffon rouge

D'après Bertrand, la priorité est de créer des emplois et donc « la question, c'est celle du coût du travail », alors que la CGT et la CFDT ont dénoncé les « propositions d'apprentis sorciers » de Valls et Copé. Côté patronat, on freine aussi, pour d'autres raisons. Pour l'Union professionnelle artisanale (UPA) supprimer les exonérations de charges des entreprises serait une « erreur fondamentale », tout comme pour la CGPME. Attention à ne pas agiter « un chiffon rouge qui risque de passer pour une agression contre le monde du travail » et faire de l'UMP « le parti de l'abrogation aveugle », a prévenu le député sarkozyste Christian Estrosi. Dans l'attente d'une prise de position officielle de l'Elysée, peut-être aujourd'hui lors de la cérémonie des voeux, Matignon a fait remarquer hier que ce « débat récurrent » était « politique » et n'entrait « pas dans l'agenda social » de 2011.