Alain Gatti

Publié le 25/09/2010
Après les manifestations du 23 septembre
Alain Gatti
Alain Gatti
Après les manifestations du 23 septembre

© L'Est Républicain, Samedi le 25 Septembre 2010 / Ouverture France-Monde

L'écart entre les chiffres fournis par la police et les vôtres, sur le nombre de manifestants, n'a jamais été aussi grand. Qui ment ?
Sur les chiffres, nous essayons d'être au plus près de la réalité. Cela ne servirait à rien de surévaluer car nous tomberions dans une surenchère, avec obligation de donner toujours plus, d'une manifestation à l'autre. En revanche, c'est une certitude, le gouvernement veut minimiser le nombre de manifestants au maximum ! En tout cas, parvenir à mobiliser autant de monde à quinze jours d'intervalle, c'est un tour de force. Il y avait plus de jeunes, plus de femmes et plus de salariés du secteur privé dans la rue. C'est un signe. Les slogans mettaient beaucoup l'accent sur l'injustice de cette réforme et sur les inégalités qu'elle provoquerait. C'est le reflet d'une réalité.

Et maintenant ? Jusqu'où peut aller l'intersyndicale ?
Je ne peux pas répondre à cette question dans l'immédiat... Mais, nous sommes dans une logique où l'intersyndicale tient et où la base veut continuer. Cette réforme est inacceptable. Elle ne nous convient pas.

Mais, il y aura forcément une date butoir. Le passage au Sénat, le retour à l'Assemblée ?
La date butoir, ce sera le vote en deuxième lecture à l'Assemblée nationale. Il faut poursuivre le mouvement au moins jusque-là. Nous avons déjà gagné sur certains points. Notre position ne consiste pas à dire qu'il ne faut rien faire. Certes, il faut réformer le régime des retraites, certes on doit jouer sur la durée de cotisations. mais il faut laisser aux salariés un choix réel, c'est-à-dire qu'il faut prendre en charge les questions de carrières longues et la pénibilité. A ces conditions, la question des 60 ans ne constitue pas un dogme.

Est-on allé trop vite en besogne ? Avant de s'attaquer aux retraites, ne fallait-il pas mieux réfléchir à l'organisation du travail et notamment au travail des seniors ?
Si la CFDT s'est engagée dans la négociation sur les retraites en 2003, c'était bien pour répondre au problème de la pénibilité, ce qui renvoyait à la question du travail. Aujourd'hui, le taux d'emploi des seniors est au fond du gouffre. Cela signifie qu'on va transférer la charge vers l'assurance chômage et l'assurance-maladie parce que les gens n'en peuvent plus. C'est toute la question du travail qu'il faut repenser d'abord, mais Nicolas Sarkozy a voulu réformer à la serpe, en quelques mois, pour des raisons politiques, pour montrer qu'il allait réussir à réformer les retraites en quelques mois. Voilà où cela nous a menés. En Suède, ils ont négocié plusieurs années et tout le monde a fini par signer !

Propos recueillis par Ludovic BASSAND