Attendre pour détruire les emplois

Publié le 27/02/2012
Entreprises : le pouvoir demande de reculer les suppressions d'emploi
Attendre pour détruire les emplois
Attendre pour détruire les emplois
Entreprises : le pouvoir demande de reculer les suppressions d'emploi

© L'Est Républicain, Lundi le 27 Février 2012 / France-Monde

Chez Lejaby , on est sauvé. Pour l'instant. Photo Alexandre MARCHI

LES ENTREPRISES SUBISSENT-ELLES DES PRESSIONS gouvernementales pour retarder les licenciements à l'après présidentielle, comme l'affirment des syndicalistes ?

Intervention de l'Elysée même pour 6 mois

Se faisant l'écho de nombreux représentants syndicaux, le n°1 de la CFDT, François Chérèque, a évoqué les « coups de fils » passés par le ministère du Travail. « Des chefs d'entreprise et DRH me disent que toutes les semaines, le ministère leur téléphone » pour « leur dire qu'ils reportent à plus tard » leurs plans « s'ils avaient des intentions de licencier », a-t-il affirmé. Exemple après des annonces de suppressions d'emplois, le patron d'Areva, « a été convoqué chez le ministre », et le patron de PSA, « chez le président ».

Difficiles à quantifier et à prouver, ces freins aux licenciements, destinés à ne pas parasiter la campagne, existent bel et bien. « On n'a jamais eu autant de précipitation et de tentatives de règlement qu'en cette période, on essaie de calmer le jeu, de récupérer médiatiquement Lejaby ou autres », souligne Françoise Geng, économiste au Cese. Selon Marion Cochard, de l'OFCE, il existe effectivement « un coup de pouce des pouvoirs publics » pour « un certain nombre de grandes entreprises » pour lesquelles « il ne se passera probablement pas grand-chose avant les présidentielles ». Qu'il s'agisse des fabricants français de panneaux solaires Photowatt, de Lejaby, ou de la compagnie SeaFrance, le gouvernement s'est porté ces dernières semaines au chevet d'entreprises à l'agonie, avec plus ou moins de succès. « On finit par trouver des plans de sauvetage de six mois », dit-elle en référence à la raffinerie Petroplus, « mais on voit bien qu'il y aura des destructions d'emplois dans six mois ».

2e semestre : le pire va arriver

Alors que selon le ministre du Travail, Xavier Bertrand, il n'est « pas possible de retarder » des licenciements s'ils sont « inéluctables », Mme Geng pense au contraire que pour « les entreprises qui n'ont pas le couteau sous la gorge, c'est faisable ». « A partir du moment où les entreprises ne licencient pas parce qu'elles sont économiquement en danger mais simplement au nom d'une rentabilité accrue, rien ne les empêche de retarder leurs plans de quelques mois », fait-elle valoir.

Mais beaucoup de petites entreprises ne pourront pas attendre six mois, ni « être sauvées une par une. « Ce qui est clair, c'est que le pire va arriver au 2e semestre en terme de licenciements et de plans sociaux, on nous l'a très fortement indiqué dans le cadre de nos travaux et de nos auditions », affirme Mme Geng.