Automatismes

Publié le 15/12/2011
Chaque projet de réforme touchant au statut des enseignants entraîne quasi automatiquement un mouvement de grève de protestation. Voilà pour la caricature.
Automatismes
Automatismes
Chaque projet de réforme touchant au statut des enseignants entraîne quasi automatiquement un mouvement de grève de protestation. Voilà pour la caricature.

© Le Républicain Lorrain, Jeudi le 15 Décembre 2011 / IG /

 

 

 

 Elle est comme il se doit excessive, mais avec quelques traits de vérité. La majorité des syndicats de l'enseignement primaire et secondaire appelle donc à une grève aujourd'hui contre le projet de réforme de l'évaluation et de l'avancement des professeurs visant à transférer le pouvoir de notation des inspecteurs d'académie aux chefs d'établissement. A une semaine des vacances de Noël, à moins de six mois d'une présidentielle, l'opportunité d'un tel mouvement laisse perplexe. D'autant que les intentions ministérielles sur le sujet ont filtré le 15 novembre dernier seulement. En un mois, il n'était pas possible d'entamer une discussion ? Le Sgen-CFDT qui ne s'associe pas à la grève, veut croire que si. Encore faut-il que le ministre de l'Education y soit sincèrement enclin. L'opération consistant à lancer une réforme aussi importante, aussi près d'une échéance politique décisive, ressemble plus à un argument de campagne qu'à une volonté de profiter du « temps utile » restant, pour améliorer un système d'évaluation fonctionnant effectivement mal. Le réflexe gréviste, d'une certaine façon, conforte la ficelle électoraliste.

Pourtant, l'idée mérite examen. Est-il scandaleux que les chefs d'établissement, dans une logique d'autonomisation de leurs fonctions, aient la responsabilité de l'évaluation ? Après tout, ils sont à même de juger des « performances » éducatives de l'enseignant en fonction des classes dont il est chargé, des progressions enregistrées par les élèves d'une année sur l'autre, de la formation dont il a pu bénéficier (ou pas), ou de sa participation à la vie de l'établissement. Mais une telle démarche se heurte à un corporatisme des « disciplines » qui veut, dans les lycées et collèges, que chaque enseignant n'accepte de jugement que de ses pairs - c'est-à-dire un inspecteur spécialisé - pour l'évaluer dans la mission « d'instruire » indépendamment de toute autre considération éducative.

Le projet ministériel prévoit encore une intervention des inspecteurs mais comme « conseillers » du professeur. Le bon sens - partagé par la plupart des pays européens - voudrait que l'on aille vers une notation croisée, même s'il n'est pas impensable que le jugement du chef d'établissement se voit attribuer un coefficient supérieur. Bref, il y a matière à négocier. Mais qui le veut vraiment en cette période ?

Jean-Michel HELVIG.