Bien-être - Le yoga des affaires

Publié le 12/12/2010
Il est Nancéien, chef d'une entreprise de près de 400 salariés dans les Ardennes, et applique des principes de yoga au management. Romary Sertelet est un cas.
Bien-être - Le yoga des affaires
Bien-être - Le yoga des affaires
Il est Nancéien, chef d'une entreprise de près de 400 salariés dans les Ardennes, et applique des principes de yoga au management. Romary Sertelet est un cas.

Républicain lorrain/ Dimanche 12/10/2010/7Hebdo

Romary Sertelet a proposé  à son personnel une charte établie sur  des valeurs proches de  la philosophie  du yoga. Photo D.R. 
Romary Sertelet a proposé à son personnel une charte établie sur des valeurs proches de la philosophie du yoga. Photo D.R.

«  Il y a dix ans, je n’aurais jamais osé dire que je faisais du yoga. » C’est Romary Sertelet qui parle. Celui-là même qui prône l’énergie positive auprès de ses cadres et l’alimentation bio pendant les réunions de la commission d’hygiène et de sécurité de l’entreprise qu’il dirige à Givet. L’ancien ingénieur gadz’arts, rompu à la conduite d’usines métallurgiques, a décidé d’appliquer les principes fondamentaux du yoga à sa méthode de management.

Cette manière de faire et d’être lui est venue par son intérêt pour le yoga. Ensuite par son arrivée en 2002 dans les Ardennes, aux commandes de Trefimétaux, une usine de tubes et de laminés en cuivre. L’unité de production était moribonde. Romary Sertelet raconte qu’il a envoyé une lettre à chacun des salariés pour lui expliquer la situation. « Je mettais en avant l’atout que représentent les hommes dans une entreprise, mes valeurs basées sur le respect, la solidarité, la responsabilité, le développement durable. » La plupart des 500 salariés ont dû tomber à la renverse en découvrant ce courrier.

La lettre a cependant posé les fondements de la charte qui régit les rapports entre la direction et le personnel. Les syndicats passent du statut d’adversaires à celui de partenaires sociaux. «  C’était une initiative unilatérale. Mais toute personne normalement constituée ne peut qu’adhérer à ces idées-là. », reconnaît Rachid Belkacem, délégué CFDT.

Les salariés, échaudés par un défilé de managers aux méthodes floues, restent méfiants. Il a fallu rétablir la confiance, réorganiser, restructurer. Au début c’est l’incompréhension. «  J’ai considéré l’entreprise comme un être que l’on doit faire grandir. Quand elle en est au stade de l’enfance (très faible) comme c’était le cas quand je suis arrivé, il faut un management directif. Ça a duré environ un an, assez dur. Ensuite il y a eu la phase adolescente, entre le directif et le consultatif, pendant près de deux ans. Enfin le stade adulte. On y est, c’est le management participatif. A partir de là, pour progresser, il faut partir dans la voie du développement personnel de chacun des individus qui constituent l’entreprise. Nous mettons en place des formations en ce sens. »

Manipulation ? Les salariés gardent leur esprit critique. «  Tout ça, c’est facile à appliquer en période faste. estime le syndicaliste. Mais quand il y a des difficultés économiques, ça se crispe. Disons qu’aujourd’hui on a l’impression de pouvoir dialoguer. La mise en œuvre d’un tel management n’est pas simple, de part et d’autre. Rien n’est acquis, on en a été convaincus. »

Face à ce défi, Romary Sertelet, fils d’ouvrier vosgien installé à Nancy et devenu patron, renforce sa propre discipline : longue douche froide au réveil, exercices de yoga, méditation avant d’attaquer la journée.

Cependant la violence du marché rattrape l’humaniste. Les licenciements économiques menés les premières années ne se résolvent pas avec des postures d’ouverture des chakras. En 2009, un conflit se conclut par un jugement en faveur des salariés.

Même si l’initiative d’un management philosophique détonne, les effets du yoga ne se font sentir que subtilement dans les résultats de l’entreprise. Des salariés moins sur la défensive, une communication un peu plus libre qu’ailleurs, une charte que direction et partenaires sociaux se rappellent mutuellement à chaque occasion mettent de l’huile dans les rouages. «  L’entreprise a gagné en adaptabilité, en souplesse. C’est ce qui nous rend différents, assure Romary Sertelet. Le syndicat, lui, s’occupe de négocier les conditions de cette souplesse. A chacun son job.

Catherine BELIN

Yog’entreprise, par Romary Sertelet (éditions Jets d’encre).