Cette fois il le sait : «Sarko t'es foutu, la jeunesse est dans la rue !».

Publié le 17/10/2010
Paris - Dans la manifestation de République à la Bastille, sous la pluie, des centaines de milliers de manifestants. Jeunes et « vieux » au coude à coude.
Cette fois il le sait : «Sarko t'es foutu, la jeunesse est dans la rue !».
Cette fois il le sait : «Sarko t'es foutu, la jeunesse est dans la rue !».
Paris - Dans la manifestation de République à la Bastille, sous la pluie, des centaines de milliers de manifestants. Jeunes et « vieux » au coude à coude.

© L'Est Républicain, Dimanche le 17 Octobre 2010 / Ouverture France-Monde  
La colère est dans la rue. Photo AFP

Elle était bien dans les rues de Paris hier, la jeunesse, énergique, enthousiaste, déchaînée, et revendicative. Organisée aussi, collégiens, lycéens, étudiants, bien derrière les banderoles de la FIDL, de l'UNEF, de l'UNL. «On n'est pas fatigués», qu'elle chante la jeunesse, pas fatiguée d'aller dans la rue, et de se joindre aux cortèges des moins jeunes, pas la peine de les relancer avec des «Faites du bruit», ils en ont fait du bruit.

Les nuages étaient noirs dans le ciel, et la colère noire sur terre, dansons la Carmagnole et crions à l'unisson. C'est l'union sous la pluie, puisqu'une grosse averse a poussé le long défilé à se décider à avancer, défilé où flottaient en tête des fanions mélangés, et où étaient côte à côte, ou presque, François Chéréque avec une casquette orange de la CFDT, et Bernard Thibault avec un autocollant rouge de la CGT sur le blouson.

C'est pas la faute à Voltaire

Elle en a vu d'autres, c'est vrai, la majestueuse statue de la République sur la Place à son nom, mais il y avait foule des grands jours à ses pieds. «Et à la télé, ils vont dire qu'y a personne», râle une petite dame. Quand même, là ça ne passera pas inaperçu. Les manèges enfantins sont quasi au chômage, mais pas les vendeurs de crêpes et de sandwichs ; ça commence comme une kermesse populaire, avec des odeurs de frites et de merguez, et des ballons géants au-dessus des manifestants. Syndicats et partis ont tous leurs camions, chacun sa sono, même la Confédération Paysanne est venue avec son camping-car. La CFDT Pantin a sa buvette, la CGT son orchestre de jazz, Air France ses avions gonflables, et sous les chapiteaux on distribue fanions et sifflets.

C'est avec les fameux riffs de la guitare saturée de «Smoke on the water» (Deep Purple) que se chauffe la «métallurgie parisienne», plus loin c'est «Antisocial» de Trust qui résonne, alors que Cali demande «C'est quand le bonheur ?». C'est vrai, ça, c'est quand ? Un vendeur de t-shirts écluse son stocks d'imprimés «Cass-toi, pov'con», des militants CGT en profitent pour faire la quête, et se retrouvent en concurrence avec deux Roms qui vendent un journal de sans-papiers. Et c'est d'une poubelle évidemment verte que les militants des Verts sortent des drapeaux... verts.

C'est pas la faute à Voltaire mais c'est son boulevard que prend la CFDT, direction Nation. L'autre cortège va d'abord vers la Bastille, mais c'est un vrai chemin de croix, sur le boulevard du Temple puis celui des Filles du Calvaire. Tout est dans le symbole : la CGT stationne devant la bien-nommée Bourse du Travail, tandis que le PS s'est positionné devant le Cirque d'Hiver, comme pour annoncer un autre grand cirque cet hiver. Sur la façade du bâtiment rond, un grand écran diffuse la bande-annonce du nouveau spectacle Bouglione, intitulé «Prestige». Un peu trop bling-bling, peut-être ?

C'est carrément dans un abribus que se sont installés les prévoyants de «Siné-Hebdo», «le journal mal élevé» qui fait la pub du film de Stéphane Mercurio, «Mourir ? Plutôt crever !» (actuellement sur les écrans), un documentaire sur l'aventure du magazine, avec un doigt d'honneur bien tendu sur l'affiche. Les curieux ont pris les meilleures places, sur les bancs publics du boulevard, pour regarder passer le train de la colère. Un tout nouveau retraité de la CFTC retrouve un ancien collègue : «Tu t'ennuies pas ?», demande celui-ci. Non, ça va, le boulot ne lui manque pas au retraité d'avant la réforme.

Les socialistes de Seine-et-Marne charrient leur pote : «Sarko t'es foutu, Roberto est dans la rue !». Alors là, si la jeunesse et Roberto sont dans la rue...

Patrick TARDIT