Cette fois une bataille de chiffres surréaliste

Publié le 24/09/2010
Trois millions de manifestants pour la CGT, moins d'un million pour la police : la bataille des chiffres atteint, elle, un sommet.
Cette fois une bataille de chiffres surréaliste
Cette fois une bataille de chiffres surréaliste
Trois millions de manifestants pour la CGT, moins d'un million pour la police : la bataille des chiffres atteint, elle, un sommet.

Vosges Matin, Vendredi le 24 Septembre 2010 / Fait du jour / PARIS

 

Mobilisation dans la rue en hausse à 3 millions de manifestants selon la CGT mais en baisse à moins d'un million selon la police : la journée d'action contre la réforme des retraites a donné lieu à une bataille de chiffres, rarement aussi contradictoires.

Selon les syndicats, le nombre de manifestants était sensiblement plus important que le 7 septembre dernier : 2,9 millions pour la CFDT, trois millions pour la CGT dans les 231 cortèges recensés. Les deux centrales syndicales avaient avancé les chiffres de 2,5 millions et 2,735 millions respectivement il y a deux semaines.

En revanche, à en croire le ministère de l'Intérieur, les cortèges ont drainé moins de monde cette fois : 997 000 manifestants contre 1,12 million.

La même bataille de chiffres a opposé syndicats et gouvernement pour la manifestation parisienne : pour la CGT, il y avait 30 000 personnes de plus (300 000), pour la police, elles étaient 15 000 de moins.

De Nantes à Strasbourg, de Lille à Marseille, ce sont à chaque fois quelques dizaines de milliers de manifestants qui ont crié leur refus du recul à 62 ans de l'âge légal de la retraite sous les slogans les plus divers : « Métro, boulot, caveau », « Non à la retraite en 3D : déçu, démoralisé, déprimé ».

Quant aux grèves, elles ont fait sentir leurs effets surtout à la SNCF, dans le transport aérien et l'Education nationale, mais aussi chez Total (de 50 à 80 % de grévistes selon les raffineries, d'après la direction).

Au soir de cette journée, le numéro un de la CFDT François Chérèque a parlé de « pari perdu pour le gouvernement, qui espérait un affaiblissement du mouvement ». Son homologue de la CGT Bernard Thibault s'est félicité de « l'ancrage » de la protestation, en raison d'« u n renouvellement des manifestants : une partie n'a pas forcément fait une deuxième journée mais nous avons de nouvelles personnes ». Selon le dirigeant de l'Unsa (autonome) Alain Olive, « il faut que le gouvernement se rende compte que sa réforme ne passe pas. Il a intérêt à revoir sa copie ». Les syndicats reconnaissent que les grévistes ont été moins nombreux dans le secteur public : les taux officiels ont été de 21,44 % dans la Fonction publique d'Etat (25,8 % dans l'Education nationale), 15,75 % dans la territoriale, 12,54 % chez les hospitaliers.

A la SNCF, les grévistes ont été 37 % selon la direction, 49,85 % selon la CGT, en baisse de 2 à 6 points par rapport au 7 septembre. Même chose à la RATP, La Poste, France Telecom.

« C'est bien naturel, c'est dur de perdre une nouvelle journée de salaire » dans un même mois, a commenté Alain Olive.

Tout autre est l'analyse de l'exécutif. Le porte-parole du gouvernement Luc Chatel a estimé qu'il y avait « manifestement une baisse du nombre de grévistes » et « une baisse des participations aux rassemblements ». « Cela signifie que soit les Français considèrent que tout cela est déjà derrière eux, soit qu'ils adhérent davantage » à la réforme, « soit les deux », commentait à chaud l'Elysée.