Chérèque, homme de compromis

Publié le 07/06/2010
François Chérèque, l'ancien éducateur spécialisé, natif de Lorraine, le moins brillant à l'école parmi les cinq fils Chérèque, brigue à 54 ans un troisième et dernier mandat à la tête de la CFDT.
Chérèque, homme de compromis
Chérèque, homme de compromis
François Chérèque, l'ancien éducateur spécialisé, natif de Lorraine, le moins brillant à l'école parmi les cinq fils Chérèque, brigue à 54 ans un troisième et dernier mandat à la tête de la CFDT.

Le Républicain Lorrain, Lundi le 07 Juin 2010 / IG /

 

Ce pragmatique qui est profondément sceptique sur la capacité du politique à apporter des changements venus d'en haut, est courtisé par tous les gouvernements.

« C'est un partenaire fiable, même quand on n'est pas d'accord », dit de lui la présidente du Medef Laurence Parisot, saluant, comme d'autres responsables syndicaux, sa « grande compétence ». Son penchant pour le compromis lui a parfois joué des tours : même s'il dit n'avoir « aucun regret », l'accord de dernière minute passé avec le gouvernement Raffarin lors de la réforme des retraites en 2003 a plongé la CFDT dans une crise de plusieurs années. Ce fils d'un ouvrier métallurgiste est parvenu à se faire un prénom. Son père, Jacques Chérèque, fut ministre de Michel Rocard (1988-1991). Des cinq fils, il était le moins brillant à l'école, dyslexique, médiocre en orthographe, s'exprimant dans un français souvent emberlificoté.

Educateur spécialisé au centre hospitalier de Digne, dans les Alpes-de-Haute-Provence, où il a été responsable local de la CFDT pendant vingt ans, ce grand gaillard barbu, féru de bandes dessinées et de rugby ne semblait pas promis à une telle destinée.

Hiérarchie « pesante »

Dans les années 90, il est aussi très actif dans la lutte contre « les coucous » gauchistes, contre lesquels Nicole Notat mène une guerre impitoyable. C'est elle qui l'imposera à la tête de la CFDT. C'est l'autre versant de Chérèque, décrit comme « autoritaire » et même « autocratique » y compris par certains de ceux qui partagent ses orientations.

Cela tient en partie à l'histoire tumultueuse de la CFDT, où « la hiérarchie est devenue très pesante », selon un membre des instances dirigeantes préférant ne pas être identifié, Bureau national et Conseil national faisant fonction de « chambres d'enregistrement ».

Chérèque « se comporte en patron absolu de la Commission exécutive (organe de direction restreint), où il fait bouger les équilibres internes au gré des rivalités de pouvoir », témoigne un fin connaisseur de la centrale. « Le vrai problème», juge un permanent, «c'est qu'il est un syndicaliste à l'ancienne, un politique ». « Il ne laissera pas une grande trace, sans méchanceté », confie un expert ès syndicalisme.